CHAPITRE IV
de son siècle , il n'a pu renoncer à la gloire d'être le libérateur de son roi , que parce que l'impossibilité lui en était démontrée.
Croyant tout perdu sans ressources , il ne songea plus qu'à s'occuper de sa sûreté et de celle des braves gens qui, comme lui, étaient embarqués dans cette malheureuse affaire. Il ramena promptement son régiment à Stenay, et sortit de la ville avec ses compagnons d'armes , au moment où la municipalité délibérait de le faire arrêter. L'ordre en était déjà même donné à la frontière. Ils se firent jour le sabre à la main, et essuyèrent quelques coups de fusil. Ils gagnèrent Luxembourg , d'où le marquis de Bouille écrivit cette fameuse lettre à l'Assemblée, qu'on lui a reprochée comme une fanfaronnade. Sa véritable intention était de détourner sur lui la fureur où il supposait l'Assemblée , et de disculper le roi de tout ce qu'elle pourrait lui reprocher à l'occasion de sa fuite , en s'avouant hautement l'auteur de tout.
La retraite du marquis de Bouille ne laissait plus d'obstacles à craindre pour le retour du roi à Paris. On l'avait fait partir de Varennes, ainsi que je l'ai déjà dit plus haut, vers les huit heures du matin, dans la même voiture qui l'avait amené. Les trois gardes-du-corps étaient attachés et liés sur le siège. MM. de Choiseul et de Damas, restés en prison à Varennes, furent conduits le lendemain dans les prisons de Verdun , après avoir été dans le plus infminent péril de leur vie , et après
avoir dû leur salut à M. de Romeuf qui fut pendant quelques heures emprisonné avec eux.
La voiture du roi était escortée par trente des gardes nationales qui avaient été rassemblés à Varennes. Celles des villes et villages par lesquels on passait ou qui étaient à portée de la grande route, augmentaient le cortège et remplaçaient les corps qui retournaient chez eux. On estime à huit ou dix mille hommes l'escorte qui lit constamment ce long et pénible voyage jusqu'à Paris. Presque toute cette nombreuse milice était à pied, aussi la voiture ne pouvait aller qu'au petit pas des chevaux.
Le voyage jusqu'à Paris fut de huit jours : pour concevoir combien il dut être pénible pour le roi et sa famille , il faut se peindre les circonstances où ils étaient; leurs inquiétudes pour l'avenir, les insultes atroces qu'ils entendaient autour d'eux, et y joindre la chaleur excessive qu'il faisait alors , et les nuages de poussière qu'une si grande multitude occasionait. Les premiers momens passés, et lorsque toute espérance de secours fut perdue , le roi et la reine reprirent tout leur courage et se mirent audessus de l'affreux malheur qui devait les accabler. Le calme , la douleur, la sérénité même régnaient également sur leurs visages , dans leurs paroles et dans toutes leurs actions. Leur tranquillité ne fut troublée que par un événement atroce dont ils furent les témoins. Auprès de Sainte-Ménehould , un gentilhomme qui avait une terre près de cette ville, nommé M. Duval, comte de Dampierre ,