CHAPITRE IV. I
trouva le moyen de pénétrer jusqu'à la voiture , et de témoigner aux illustres captifs son respect , son attachement et sa douleur. Ses larmes , qui coulaient en abondance , accompagnaient le peu de paroles qu'il eut le temps de prononcer. Il fut arraché violemment de la portière du carrosse , et massacré sous les yeux du roi et de sa famille, qui entendirent ses cris et virent son sang répandu.
Ils arrivèrent à Châlons le second ou troisième jour. Dans cette ville, ou un peu avant d'y arriver, ils rencontrèrent trois commissaires de l'Assemblée nationale.
Du moment que le roi avait été arrêté à Varennes, Sausse et Drouet avaient envoyé un courrier porter en diligence cette grande nouvelle à l'Assemblée nationale.
Le courrier arriva dans la soirée du mercredi , au moment où tout le monde et tous les partis , sans savoir précisément de quel coté le roi avait tourné , commençaient à croire qu'il avait échappé et qu'il était en sûreté.
Malgré la bonne contenance que faisait l'Assemblée , les membres les plus influens du côté gauche songeaient déjà à tirer parti de cet événement pour finir la révolution par un accommodement solide avec le roi. Ils avaient même déjà été jusqu'à se rapprocher de quelques membres principaux du côté droit, et jusqu'à proposer à MM. de Gazalès et Malouet d'être du nombre de quatre députés
qu'ils projetaient, d'envoyer au roi pour traiter avec lui.
La nouvelle de son arrestation détruisit toutes ces mesures , et les jacobins , ainsi que le peuple de Paris , qui se livra , en l'apprenant , à une joie insensée et féroce , ne permirent plus de regarder le roi sous un autre point de vue , que sous celui d'un prisonnier livré sans défense à son vainqueur, et qui n'a plus rien désormais à attendre que de sa politique ou de sa générosité. Sans arrêter encore le sort qui lui était réservé , les chefs de l'Assemblée ne songèrent d'abord qu à le faire arriver en sûreté à Paris. C'est principalement dans cette vue, qu'ils commencèrent par faire nommer trois commissaires de l'Assemblée, pour aller le recevoir des mains de ceux qui l'avaient arrêté , et pour l'accompagner jusqu'à Paris , avec pleins pouvoirs pour ordonner ce qu'ils jugeraient convenable dans les circonstances. Le choix des commissaires tomba sur messieurs de Latour-Maubourg , Barnave \et Pétion. Ils appartenaient aux trois sections qui, à cette époque, divisaient le coté gauche. Le premier, homme de qualité, était un ami et un partisan zélé de M. de La Fayette, adorateur, comme lui, de la constitution, jusque dans ses défauts; le second, jeune avocat de Grenoble, était du parti qui commençait à sentir que la révolution avait été trop loin, et qui aurait été charmé de pouvoir la faire rétrograder un peu ; il