‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 65 sur 151 · CHAPITRE IV. I · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. I

est cependant vrai de dire que Barnave était alors plutôt l'ami de ceux qui avaient cette opinion , qu'il ne l'avait lui-même ; le troisième , aussi avocat, était un républicain fanatique.

Ils partirent peu d'heures après leur nomination, pour aller à Châlons et se rendre à la rencontre du roi. Du moment qu'ils l'eurent trouvé, tous les ordres émanaient d'eux.

Madame de Tourzel quitta la voiture du roi pour aller avec un des commissaires dans celle qui les avait amenés. Les deux autres montèrent dans le carrosse du roi. La reine semblait désirer que M. de Latour-Maubourg fût un de ceux-là, parce que , du moins, sa figure ne lui était pas inconnue. M. de Latour qui s'en aperçut, lui dit en particulier : « Qu'il n'avait accepté cette triste commis- » sion que pour tâcher d'être utile à son roi; » qu'elle pouvait compter sur lui , comme sur le » plus fidèle de ses sujets ; mais qu'il n'en était » peut-être pas de même de Barnave, qui était un » membre très-important dans F Assemblée par son » influence ; que sa vanité s'était flattée d'être dans » la voiture du roi ; qu'il était important pour le » service de Sa Majesté qu'il y fût, et que la reine » aurait une occasion de le connaître plus particu- » lièrement ; qu'il la suppliait donc de trouver bon » qu'il lui cédât la place qu'elle désirait qu'il prît, » et qu'il montât dans l'autre voiture avec madame » de Tourzel. »

Les choses furent donc ainsi arrangées. Barnave, h. 9

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qui était assez mince, se mit dans le fond de la voiture entre le roi et la reine ; Pétion sur le devant, entre madame Elisabeth et la jeune princesse; le dauphin, sur les genoux de sa mère , de sa tante ou de sa sœur.

L'arrivée de ces nouveaux compagnons de voyage mit d'abord du sérieux et de l'embarras dans la carrossée. La reine , dans le premier moment, ne se souciait nullement de se lier avec eux; elle prit même le masque de l'humeur , laissa tomber son voile sur son visage , et résolut de ne pas ouvrir la bouche , pendant toute la route , pour adresser la parole aux commissaires. Barnave débuta par une chose que la reine prit pour de l'insolence , ce fut de jeter les yeux alternativement sur l'un des gardesdu-corps qui étaient sur le siège, et sur la reine, en se permettant un sourire imperceptible, malin et presque sardonique. Comme le bruit s'était répandu que le comte de Fersen était un des trois hommes arrêtés avec le roi , et que la reine n'ignorait pas ce que la méchanceté avait dit de ses liaisons avec ce seigneur suédois, elle crut deviner que c'était ce qui occupait les pensées et l'attention de Barnave. Elle se hâta de le détromper, sans qu'il pût deviner que c'était son but, en faisant connaître , sans affectation, quelles étaient les trois personnes qui étaient sur le siège. Excepté dans cette circonstance , Barnave, non-seulement ne s'écarta pas des égards qu'il devait au roi et à la reine , mais il eut même pour eux toutes les attentions

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