‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 66 sur 151 · CHAPITRE IV. I · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. I

respectueuses que les circonstances purent lui permettre , et , loin d'abuser de leur position et de la sienne , son respect et son intérêt semblaient s'accroître à mesure qu'il eut plus d'occasion de les connaître.

Le roi , de ce premier moment , prit avec lui le ton simple et bon qui faisait le fond de son caractère ; il ne parut point embarrassé du rôle nouveau que la fortune avait assigné à lui et aux commissaires; il attaqua j le premier, Barnave de conversation , le mit sur ce qu'il devait mieux savoir , sur la révolution , sur la constitution , sur l'Assemblée. L'avis et la façon de penser de Barnave ne pouvaient être les siens. Une petite dispute s'engagea; Barnave la soutint avec la politesse d'un homme de bonne compagnie , et les nuances de respect qu'exigeait la distance des rangs. Le tour que prenait la conversation , amena naturellement le départ du roi de Paris ; il s'exprima là-dessus avec la même franchise et la même simplicité , en développant son but , ses intentions et le désir le plus sincère de chercher tout ce qui pourrait faire le bonheur du royaume plutôt que le sien propre.

La reine > malgré l'humeur qu'elle avait et qu'elle prenait à tâche de montrer , ne perdit rien de cette conversation à laquelle elle semblait ne vouloir pas prendre part. Elle fut frappée de l'esprit , de la modération et du ton convenable que faisait paraître Barnave : de nouvelles réflexions la déterminèrent à abandonner sa première résolu-

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tion. Elle crut qu'il serait utile, pour les circonstances, d'accroître l'intérêt que Barnave semblait prendre à leur malheur , et de confirmer , d'augmenter même l'opinion que cette première conversation paraissait lui donner des lumières , de la bonté et de la candeur du roi. Peu à peu elle se mêla à leur entretien ; elle y mit cette grâce , ce charme , cette présence d'esprit et cette aisance que personne n'a su mieux qu'elle mêler avec cette espèce de fierté majestueuse qui convenait à son rang et à sa naissance. Cet entretien augmenta, dans Barnave, le sentiment de respect et d'intérêt pour le roi et pour la reine, et changea les idées fausses qu'il s'était faites de leur caractère, n'ayant guère pu les connaître jusque-là que par ce que la méchanceté et l'esprit de parti en avaient publié. C'est de là qu'il faut dater l'espèce de confiance que la reine a toujours eue depuis en Barnave. Non-seulement il avait effacé les impressions que ses écarts fougueux dans les commencemens de la révolution avaient données à Sa Majesté contre lui, mais sa conduite, pendant le retour de Varennes, détermina la reine à prendre plus tard ses conseils dans des circonstances difficiles. Cette sorte d'attrait qui l'avait rapprochée de Barnave, n'a jamais eu lieu pour ses amis, tels que Lameth et Duport , même dans le temps où les circonstances la forcèrent de les voir et d'avoir des rapports avec eux.

Pétion , qui avait moins de tact, moins d'esprit , et bien plus d'exaltation que Barnave , n'imita pas sa conduite dans la voiture du roi. Quoique né d'un

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