CHAPITRE IV. l
caractère assez doux , et même sensible , à ce qu'en ont dit ses amis , il y porta la grossièreté , l'insolence et la dureté de ce qu'on a appelé ensuite un sans-calotte , qu'il prenait sans doute alors pour la liberté et la franchise républicaines. « Pour moi , » je n'aime que la république , » furent les seules paroles qu'il sut dire , et répéter > lorsque la conversation générale tourna sur la politique et le gouvernement. Jamais il ne lui échappa la plus légère marque d'intérêt pour les malheurs de ses compagnons de voyage ; pas même de ces simples politesses qu'un homme qui a reçu quelque éducation se fait un devoir de rendre à des femmes de bonne compagnie.
J'ai dit qu'il était sur le devant du carrosse , entre madame Elisabeth et madame Royale. Quoiqu'il ne pût pas ignorer la haute vertu et l'extrême piété de la première y il se permit de lui adresser quelquefois des propos équivoques qui eussent été déplacés dans une personne ordinaire, mais bien élevée. Madame Elisabeth fit semblant de ne pas les entendre, et n'y opposa que le silence et le mépris. Mais Pétion ayant osé se permettre quelques-unes de ces plaisanteries triviales sur la dévotion et la religion , madame Elisabeth le releva avec beaucoup de force et de vivacité. Une dispute sur la religion s'engagea entre elle et lui. La reine , en me contant cette anecdote , me dit qu'elle avait été étonnée de l'éloquence , de la logique et
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de la force de raisonnement que montra sa bellesœur dans cette occasion ; elles furent telles que l'avantage de la conversation ne fut pas pour Pétion. Afin de ne plus revenir sur cet odieux personnage , je finirai par un trait qui prouve jusqu'à quel point il poussa la familiarité et le défaut d'éducation. U y avait dans la voiture une carafe d'eau avec un verre , qui se trouvaient placés près de madame Elisabeth. Il arriva que Pétion eut soif; sans excuses , et sans ces formes de politesses usitées > même entre égaux , il demanda brusquement le veiTe à madame Elisabeth , et se fit verser l'eau par elle , sans se donner seulement la peine de la remercier.
Jusqu'à l'arrivée des commissaires , toutes les fois qu'on s 'était arrêté pour dîner ou pour souper , le roi et la famille royale avaient mangé seuls ; leurs gardes restaient, ou dans la pièce où ils étaient, ou à la porte. Dans la première auberge où l'on s'arrêta, après que les commissaires les eurent joints, le roi et la reine remarquèrent que l'on n'avait rien changé à l'ordre précédent, et qu'il uy avait que le nombre ordinaire de couverts pour la famille royale . Ils crurent devoir engager les commissaires à se mettre à table avec eux. MM. de Latour-Maubourg et Barnave s'en défendirent long-temps par respect : j'ai même ouï dire que Barnave insista pour que le roi lui permît de le servir derrière son fauteuil; il céda cependant à la