CHAPITRE IV
fin aux invitations réitérées du roi et de la reine, et, jusqu'à la fin du voyage, les trois commissaires mangèrent constamment avec le roi.
Il n'y eut rien de remarquable pendant le reste de la route , sinon une occasion dans laquelle la reine eut lieu d'être satisfaite de la conduite de Barnave. Entre Châlons et Meaux , un malheureux prêtre voulut s'approcher de la voiture du roi : il en était assez près , lorsque les gardes nationales se jetèrent avec fureur sur lui , et l'entraînèrent pour l'égorger à quelque distance . La reine , qui par hasard regardait de ce côté là , fit un cri , et pria Barnave de sauver la vie à ce malheureux. Barnave s'élance de la voiture comme un trait , arrache le prêtre des mains de ces furieux , et , après l'avoir mis en sûreté et en liberté, revient prendre sa place. Le cinquième jour, le cortège arriva à Meaux. Un fort détachement de la garde de Paris attendait le roi dans cette ville pour le ramener dans la capitale. Soit que ce fût la marche toute naturelle, soit que les choses eussent été arrangées de manière que le roi et toute sa famille, ramenés prisonniers , pussent servir de spectacle à tous les habitans de cette immense cité, ils arrivèrent à Paris au milieu du jour. On fît passer Sa Majesté par la grande avenue des Champs-Elysées, sansdoute pour donner plus de solennité à ce triste spectacle ; car le cortège aurait dû arriver par le faubourg Saint-Martin. Pour gagner la route de Normandie, on avait allongé le trajet de plus d'une
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lieue. Il faisait une chaleur dévorante : une poussière enflammée , qu'occasionait la marche d'un si grand nombre de personnes , couvrait l'atmosphère ; la voiture du roi paraissait comme au milieu d'une forêt de baïonnettes; l'armée d'escorte était commandée par M. Dumas , militaire connu , qui depuis a joué un rôle remarquable. On fit entrer le cortège par le Pont-Tournant dans le jardin des Tuileries qui était resté ouvert à tout le monde. Des ordres sévères avaient été donnés pour que le roi rencontrât partout sur son passage un silence morne et lugubre. La garde nationale, qui bordait le boulevard, avait le fusil renversé comme dans un jour de deuil. Le peuple, qui était derrière , restait muet le chapeau sur la tête. On avait affiché dans plusieurs endroits : Celui qui applaudira le roi aura des coups de bâton , celui qui V insultera sera pendu. Tel était le renversement de toutes les idées , que cette proclamation grossière était regardée comme un acte de magnanimité. Au surplus , si cette espèce de plébiscite fut obéi pendant la traversée de Paris , sur le boulevard , on l'oublia complètement lorsque le cortège approcha du château des Tuileries. Alors les imprécations, les injures, les menaces les plus atroces, retentirent de toutes parts. La reine surtout parut être l'objet de la fureur populaire. Sans la garde nationale, elle, les trois gardes-du-corps, et peutêtre le roi en auraient été probablement les victimes avant de pouvoir entrer au château. Cette garde