CHAPITRE IV. l3y
même était assez peu rassurante, soit parce que beaucoup de ceux qui la composaient partageraient les idées de la populace , soit parce qu'elle avait prouvé, en plusieurs occasions , qu'elle ne savait pas résister. Quoique la reine ne se dissimulât pas ses propres dangers , elle ne montra pas la plus petite altération , et elle ne fut occupée que de ceux du roi et des trois malheureux gardes-du-corps enchaînés sur le siège ( i ) .
En approchant du château, elle recommanda vivement le sort de ces derniers à Barnave. Il lui promit qu'il périrait plutôt que de souffrir qu'il leur arrivât du mal; et, en effet, il tint parole. C'est à lui seul que ces trois fidèles serviteurs durent de n'être pas les victimes de la rage populaire à laquelle ils faillirent d'être livrés , lorsque la voiture du roi fut arrêtée auprès des trois marches de la longue et large terrasse qui sépare le château des Tuileries du jardin. M. de La Fayette et toute sa garde, n'étaient occupés qu'à arrêter de tous côtés les flots du peuple, et à protéger le court, mais effrayant trajet qu'avaient à faire le roi et sa famille pour gagner la grande porte du château. Les trois gardes-du-corps restaient attachés sur le siège, presque sans protection; la populace deman-
(1) Les trois gardes-du-corps n'étaient point, à ce qu'il paraît f enchaînés sur le siège. M. de Latour-Maubourg avait offert de les prendre dans sa voiture. Ce fut la reine qui les fit rester sur le siège de la sienne. Voy. les éclaircissemens historiques {note E).
( Note des nouv. édit.)
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dait leurs tètes avec fureur; ce fut Barnave qui s'occupa de leur sort, et qui les lit conduire en sûreté au château , pour y attendre ce que l'Assemblée ordonnerait d'eux.
La reine exigea que le roi et ses enfans descendissent les premiers ; elle ne voulut sortir que la dernière. M. de La Fayette était parvenu à former des deux côtés une double haie de gardes nationales, depuis la portière jusqu'à la porte du château. Le roi, sa sœur, sa fille et le dauphin portés sur leurs bras , la traversèrent assez en sûreté et fort rapidement. Lorsque la reine voulut descendre de la voiture, le vicomte de Noailles et le duc d'Aiguillon se présentèrent pour la recevoir, et lui donnèrent la main : la présence de ces messieurs , dans une pareille circonstance , n'était pas rassurante ; outre la part qu'ils avaient prise à la révolution, la reine n'ignorait pas qu'elle était l'objet de leur haine personnelle. Sa première pensée fut qu'ils étaient là pour la livrer au peuple , ou du moins pour la conduire dans une prison séparée : elle y fut confirmée lorsqu'elle se sentit enlevée par eux et conduite , ainsi presque en courant , du côté du château. Ils ne lui dirent pas un mot pendant tout ce temps-là, elle n'entendit que les imprécations horribles que vomissait contre elle la populace, que ce spectacle avait rassemblée. Leur intention cependant , loin d'être mauvaise , leur fait honneur. L'Assemblée, quoique prévenue de l'arrivée du roi, avait cru de sa dignité de paraître