‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 70 sur 151 · CHAPITRE IV. l3g · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. l3g

s'occuper peu de ce grand événement. Elle daigna cependant envoyer une députation de ses membres pour protéger l'arrivée du roi dans son palais. MM. d'Aiguillon, de Noailles et quelques autres , soit curiosité , soit désir d'écarter le danger dont ils prévoyaient que la vie du roi et de la reine pouvait être menacée à leur débarquement, allèrent les attendre sur la terrasse. La popularité dont leurs opinions connues les faisaient jouir, leur permit de pénétrer, et ils pensèrent sans doute qu'elle pourrait les mettre à portée d'être plus utiles que d'autres. Lorsqu'ils eurent mis la reine en sûreté dans le château, ils prirent congé d'elle. Là, il lui survint une autre inquiétude, l'une des plus déchirantes qu'elle eût éprouvées jusque-là : arrivée chez le roi, elle n'aperçut pas son fils ; elle fut assez long-temps avant d'en recevoir des nouvelles et de le revoir : elle eut le tourment de craindre qu'il n'eût été étouffé dans la bagarre, ou qu'on eût eu la barbarie de le séparer d'elle. Il paraît tout simplement qu'on l'avait porté à son appartement pour le faire reposer, car il lui fut rendu dans la journée.

Pendant ce temps-là, l'Assemblée délibérait sur ce qu'elle avait à faire dans les circonstances. Dès le matin, elle avait rendu un décret dont le premier article était ainsi conçu :

« Aussitôt que le roi sera arrivé au château des » Tuileries, il lui sera donné provisoirement une » garde qui, sous les ordres du commandant général

l4o MÉMOIRES DE WEBER.

» de la garde parisienne , veillera à sa sûreté et ré- » pondra de sa personne . y.

Deux autres articles avaient décrété de même « une garde particulière pour l'héritier présomptif » de la couronne, et une pour la reine. »

Le troisième avait ordonné que « tous ceux qui » avaient accompagné la famille royale dans sa » fuite, seraient mis en état d'arrestation et in- » terrogés; » que « le roi et la reine seraient en- » tendus dans leurs déclarations , et le tout sans » délai, pour être pris par l'Assemblée les résolu- » tions qui seraient jugées nécessaires. »

Par les cinquième et sixième articles, « le roi » avait été suspendu provisoirement des fonctions » de la royauté. » Enfin, le septième et dernier article avait enjoint au ministre de l'intérieur « de » faire publier ce décret à l'instant même, à son de » trompe, dans tous les quartiers de la capitale. »

Cette responsabilité publiée avec tant d'éclat , cette responsabilité qui ne se bornait plus au seul commandant , mais qui était étendue par un décret sur toute la garde particulière, fît perdre la tête aux trois quarts de la milice parisienne qui devait former cette garde, et même à la plus saine partie de cette milice, officiers et soldats. Ils avaient vu tout à l'heure M. de La Fayette entouré sur la place de l'Hôtelde-Ville , et la fatale lanterne descendue pour lui ; ils lui déclarent quils ne veulent pas courir le même risque que lui.

Page 1