‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 71 sur 151 · CHAPITRE IV. I/jI · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. I/jI

Pendant plusieurs jours on ne peut pas trouver un seul officier qui veuille se charger de la garde particulière de la reine, sansTeiller dans la chambre même de Sa Majesté.

M. de Gouvion, lui-même , commandant en second de la garde nationale , sur lequel le roi et la reine croyaient avoir beaucoup plus d'ascendant que sur M. de La Fayette , M. de Gouvion déclare « qu'il ne continuera pas son service aux Tuileries , » si on ne le laisse pas le maître absolu d'employer » toutes les précautions qu'il voudra , et notamment » de faire murer plusieurs portes de l'intérieur. » Le roi y consentit pour conserver M. de Gouvion.

Chaque jour on voyait arriver dans le château des députations de sections soupçonneuses qui voulaient s'assurer elles-mêmes des précautions prises. Dans le même instant où l'on réveillait le roi et la reine pour vérifier s'ils ne s'étaient pas enfuis, on réveillait M. de La Fayette pour l'informer que le roi et la reine s'enfuyaient. Enfin, l'on sait tout ce que le peuple avait rêvé de projets de complots et d'évasion avant le voyage de Varennes : qu'on juge ce que ce devait être après; et combien les méchans avaient beau jeu pour séduire les faibles.

M. de La Fayette était-il l'un ou l'autre? Faut-il en croire ses amis qui l'ont peint entraîné malgré lui par une nécessité affreuse, et préoccupé du salut de la famille royale jusque dans les rigueurs apparentes par lesquelles il voulait calmer les ombrages populaires ? Faut-il penser , avec des juges plus se-

\l\1 MÉMOIRES DE WEBER .

vères , qu'infatué de sa chimère patriotique , il osa croire le roi coupable d'avoir fui, et se regarder comme le ministre de la justice nationale ; ou , qu'assez injuste pour diriger le reproche contre le prince envers qui l'on avait violé tant de sermens , il fut assez peu généreux pour vouloir se venger des périls que lui avaient fait courir les augustes prisonniers en trompant sa vigilance? C'est une question que je m'abstiens de décider , et sur laquelle la reine n'hésitait pas.

Quoi qu'il en soit du motif, voici dans le fait les précautions inouïes qui furent le fruit de cette fermentation générale , et qui semblaient calculées , non-seulement pour prévenir tous les moyens de fuite , mais encore pour faire sentir à ces illustres captifs toute l'horreur de leur prison.

Une nombreuse garde fut établie dans les cours : un vrai camp dans les jardins, avec des tentes et tout ce qui est nécessaire pour faire camper des soldats. Le jardin fut hermétiquement fermé au public et même aux députés de l'Assemblée; M. de La Fayette prétendant qu'il ne pouvait exclure les sections dont les irruptions seraient terribles, qu'en excluant les députés dont les visites seraient inutiles. L'entrée du château fut interdite à tout ce qui n'était pas du service indispensable , ceux même qui en faisaient partie étaient fouillés en entrant et en sortant. Des sentinelles furent établies jusque sur les toits ; mais tout cela n'était rien en comparaison de la surveillance intérieure. Voici comme elle était exercée chez la

Page 1