‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 72 sur 151 · CHAPITRE IV. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. l

reine: les pièces extérieures de son appartement étaient autant de corps-d e-garde . A côté de sa chambre était une garde-robe si obscure , qu'en tout temps il fallait l'éclairer par des bougies : elle était précédée d'un petit carré qui aboutissait à un escalier dérobé, séparé de son unique garde-robe par une simple porte vitrée. Deux gardes restaient continuellement dans sa chambre à coucher, pièce où elle se tenait toujours , avec ordre de ne la perdre de vue ni jour ni nuit. Ces gardes étaient à la vérité des gardes nationales , mais on sait de quelle espèce étaient 1 a plupart.

Dans les premiers jours la reine était obligée de se coucher , de se lever et de s'habiller devant ses gardes; ils passaient à la lettre les nuits dans sa chambre. Ensuite , soit que M. de La Fayette sentît de lui-même l'indécence de ces ordres , ou qu'il eût en effet travaillé à calmer les têtes de sa garde , soit que le roi lui en eût parlé , il adoucit la sévérité de ses dispositions , mais voici comment. Les gardes restaient dans la chambre de la reine tant qu'elle était levée ; mais lorsqu'elle jugeait à propos de se coucher , et pour tout le temps qu'elle restait dans son Ht, les gardes se retiraient. Alors l'un d'eux s'établissait dans cette espèce de tambour que formaient les deux portes de la chambre dans l'épaisseur du mur , de manière cependant que , la porte qui donnait dans la chambre restant toujours entrouverte , il pût voir ce qui se passait. Ce tempérament était un peu moins choquant , mais il ne

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mettait pas la reine à l'abri de la familiarité insultante de ses gardes. Un jour qu'étant couchée , elle ne pouvait pas dormir, elle alluma une bougie à une lampe de nuit qui était à côté d'elle , et se mit à lire. Son garde qui s'en aperçut entre dans la chambre , ouvre les rideaux et s'assied familièrement sur son lit en lui disant : « Je vois que vous ne pouvez pas dormir , causons ensemble , cela vous vaudra mieux que de lire. » La reine contint son indignation et lui fit comprendre avec douceur qu'il devait la laisser tranquille. Résignée à son sort et déterminée à dissimuler jusqu'à la fin, elle ne daigna, ni se plaindre de cette sévérité outrée et humiliante, ni la reprocher à M. de La Fayette. Elle le voyait assez souvent. Il affectait même de venir chez elle plus souvent que les circonstances ne l'exigeaient. La reine était polie avec lui, quoique froide : elle lui parlait non-seulement sans aigreur, mais même toujours avec aisance de choses indifférentes ou de ce qui intéressait le roi.

Malgré la vigilance dont ils étaient assaillis , le roi et la reine trouvèrent les moyens d'entretenir des correspondances qui les tinrent toujours au courant de ce qui se passait relativement à eux : l'affaire de leur fuite prit , peu de jours après le retour à Paris , un tour plus heureux qu'on n'aurait osé l'espérer de la fermentation des esprits et des dispositions que l'Assemblée avait montrées jusque-là à pousser les avantages qu'elle avait sur le roi aussi loin qu'ils pourraient aller. Ce morceau d'histoire

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