CHAPITRE IV. l
qui doit être très-piquant , s'il est écrit par quelqu'un bien instruit, n'entre pas dans mon dessein. Je terminerai le récit du voyage de Varennes en disant que y malgré les clameurs des jacobins et la conduite presque entièrement passive du côté droit, les meneurs de la majorité du côté gauche finirent cette grande affaire aussi promptement et aussi habilement que les circonstances pouvaient le leur permettre : ils virent clairement que le but des jacobins était de profiter de cette occasion , non-seulement pour perdre le roi , mais encore pour détruire la royauté, et établir la franche république sur ses ruines; ils en furent effrayés: et pour éviter cet abîme , ils tournèrent court à ce qu'ils appelaient le parti de l'indulgence ; en conséquence ils firent faire un rapport par leurs comités , dont le sens fut que le roi n'était point coupable pour avoir voulu s'enfuir , et que quand il le serait , il ne pouvait être mis en jugement à raison de son inviolabilité ; que dès que la constitution serait totalement achevée ( alors elle tirait à sa fin ) , il fallait la lui faire accepter , et le mettre en possession effective de toutes les prérogatives du pouvoir exécutif; que le seul coupable de la fuite du roi était M. de Bouille qui en paraissait être le principal agent , comme il l'avouait lui-même dans la fameuse lettre qu'il avait écrite à l'Assemblée après sa sortie de France ; que M. de Choiseul qui l'avait secondé et M. de Goguelas seraient envoyés à Orléans pour y être jugés par la haute cour nationale ; que M. de Damas res-
l/fi MÉMOIRES DE WEBER.
terait en arrestation à Paris ; que quant aux gardesdu-corps qui avaient accompagné le roi , on ne pouvait leur imputer à crime leur obéissance à ses ordres, et qu'en conséquence ils seraient mis en liberté. MM. de Choiseul et de Goguelas furent transférés à Orléans et y subirent quelques interrogatoires : mais leur affaire fut exprès traînée en longueur jusqu'à l'acceptation delà constitution.
On saisit cette occasion pour proclamer une amnistie générale de tous les délits révolutionnaires , en conséquence de laquelle ces deux messieurs eurent la liberté avec tous les autres prisonniers (i ).
Marie-Antoinette ne démentit point son grand caractère pendant son emprisonnement. Lorsque les trois commissaires que l'Assemblée avait chargés de recevoir les déclarations du roi et de la reine se présentèrent devant Leurs Majestés, le roi ajouta à sa déclaration que la gouvernante de son fils et les femmes de suite n'avaient été averties de son départ que peu de temps avant qu'il fut effectué. Cette observation fut faite pour sauver ces dames du danger auquel elles étaient exposées. Voici la déclaration pleine de noblesse que fit la reine.
Déclaration de la Reine.
Je déclare que le roi, désirant partir avec ses énfans, rien dans la nature n'aurait pu m'empêcher de le suivre . J'ai assez prouvé , depuis deux ans ,
(1) Ici se termine le récit de M. de Fontanges. Weber continue le sien. {Note desnoup. édit.)