‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 82 sur 151 · CHAPITRE V. l5g · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. l5g

monarchies , un bel exemple à citer, un magnifique trait historique à présenter, que celui de la formation d'une pospolite de quinze mille hommes , portant les premiers noms du royaume , conduits par quatre fils de France et trois héros de la maison de Condé, croyant, dans l'ardeur qui les animait, pouvoir renverser toutes les légions de factieux, de brigands, de sans-culottes et de soldats rebelles , que les clubs vomissaient contre eux, tirer le roi de sa prison , le remettre sur le trône de ses pères , et reconquérir eux-mêmes sur trente millions d'hommes, leur état, leurs distinctions héréditaires , et les biens dont ils étaient dépouillés dès qu'ils sortaient de France. Gomme il ne fut pas donné à cette redoutable cavalerie d'agir activement , on ne peut dire si elle aurait réussi dans ses nobles et audacieux projets; mais la gloire dont se couvrirent par la suite les diverses légions qui se formèrent de ses débris , prouve que les espérances qu'elle avait conçues n'étaient pas aussi chimériques qu'on l'a supposé ; et que le sacrifice de leur personne et l'abandon héroïque de leurs propriétés, qui composaient les trois quarts des terres du royaume , méritaient un meilleur traitement que celui qu'ils éprouvèrent dans plusieurs Etats monarchiques, après la ruine de leurs espérances.

Le parti des royalistes de l'intérieur se vit avecplaisir fortifié de la garde que la constitution avait accordée au roi pour remplacer les gardes-du-corps, quoique cette garde ne consistât qu'en six cents

hommes , et que l'on eût eu soin d'obliger le ministère à la former principalement de militaires qui avaient déjà donné, dans leurs corps respectifs, quelques gages à la révolution : cependant aussitôt qu'elle fut rassemblée , elle montra les meilleures dispositions pour la défense de ses maîtres. Les excellens chefs que le roi lui donna dans la personne de M. le duc de Brissac, leur colonel, et de MM. d'Hervilly et de Pont-1'Abbé , leurs lieutenans - colonels , leur inculquèrent un dévouement aussi parfait que celui des gardes-du-corps leurs prédécesseurs. Il suffisait, d'ailleurs, d'approcher un instant du roi et de la reine, d'être témoin de leur noble douleur, de leur amour pour le peuple , de la pureté de leurs vœuxpour le bonheurde leurs sujets, pour être pénétré d'indignation contre leurs ennemis, et être prêt à verser pour eux jusqu'à la dernière goutte de son sang.

Malheureusement cette garde fut punie des premiers symptômes de fidélité qu'elle manifesta. Elle était à peine formée , qu'un décret du corps législatif vint la dissoudre. Dans le nombre des comités qui donnaient des conseils secrets à la cour , il s'en trouvait quelques-uns composés de membres de l'Assemblée constituante , d'autres de ministres retirés qui avaient conservé la confiance du roi. Les conférences des uns et des autres , leurs manœuvres , leurs allures furent plus ou moins connues : aussi furent-elles dénoncées vaguement dans les journaux, sous le nom général des menées du comité

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