CHAPITRE V. l6l
autrichien. L'on disait que le projet de comité, à la tête duquel on ne manquait pas de placer Marie- Antoinette, était de livrer les patriotes de la France à l'Autriche. Une lettre par laquelle un ancien ministre fut invite', au nom du sieur Regnault-de-Saint- Jean-d'Angély , membre de l'Assemblée constituante , à assister chez la princesse de Lamballe à des conférences dont l'objet serait de réunir les différens chefs de parti, afin de se concerter et de s'entendre pour sauver la constitution,rEtat,etle roi ; cette lettre insignifiante servit de signala une attaque brusque et imprudente dont la réaction fut terrible. L'ex-ministre qui avait reçu cette lettre, imagina, ainsi que ses collègues , de profiter de cette occasion pour mettre la constitution à l'épreuve, en faisant lutter le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire contre le pouvoir législatif. Ils calculaient qu'en opposant deux pouvoirs à un seul, s'ils n'anéantissaientpas ce dernier pouvoir, ils le forceraient au moins à capituler .Vaines espérances ! tous les pouvoirs étaient concentrés dans le club des jacobins qui dominait la majorité de l'Assemblée législative. L'attaque fut commencée par un juge de paix nommé Larivière , qui paya ensuite de sa tête Ténergie qu'il mit dans la procédure. Il somma le journaliste Carra de donner les preuves qu'il avait que telles ou telles personnes , qu'il avait indiquées comme membres de ce comité autrichien, formaient des projets contre -révolutionnaires et faisaient partie d'un comité semblable . Le journaliste invoqua le témoignage de trois membres de l'Asii. 1 1
semblée législative , desquels il prétendit avoir reçu les renseignemens qu'il avait publiés dans sa feuille : ces trois législateurs étaient précisément les plus acharnés des démagogues de l'Assemblée : Chabot , Bazire et Merlin. Ils furent sommés de comparaître devant le magistrat, afin de donnerleurs dépositions. L'Assemblée regarda leur assignation comme un affront fait à sa dignité; son courroux s'allumant par degrés, elle se constitua pendant huit jours en état de permanence , ce qui était une manière d'indiquer un grand danger pour la chose publique. Dans cet espace de temps le juge de paix fut envoyé à la haute cour, pour y être jugé comme criminel d'État; la garde constitutionnelle fut licenciée , et son vertueux et loyal chef, envoyé lui-même aux prisons d'Orléans , d'où il ne sortit que pour recevoir la mort. Enfin, la malheureuse princesse de Lamballe, dont il n'aurait peut-être été jamais question sans cette imprudence, fut, depuis ce temps, en butte aux dénonciations des ennemis de la cour , et finit par être mise en pièces. Triste fruit d'une levée de boucliers sans motif raisonnable , et dont on ne pouvait espérer aucun résultat utile .
Ainsi fut cassée criminellement la dernière garde du roi ; celle qui avait remplacé les bataillons sacrés des intrépides défenseurs du trône, et qui était empreinte , en dépit des factieux , de cet esprit de royalisme qui restait la pensée , le sentiment, et, pour ainsi dire, le culte de la France. Elle fut comme