CHAPITRE V. l
le dernier rempart en état de défendre ce trône qui sembla enfin n'avoir plus d'appui.
Il n'entre pas dans le plan de ces Mémoires de raconter avec de'tail tous les événemens qui préparèrent les derniers crimes par une rapide et systématique dégradation des dernières ombres de la majesté royale. Le trône constitutionnel avait bien moins été laissé au malheureux monarque comme un honneur, que comme un péril et un piège où les fureurs de ses ennemis voulaient le faire périr avec son auguste famille. Ils ne cessèrent pendant huit mois de travailler à l'avilir et à l'ébranler , pour le livrer enfin au i o août , sans défenseurs et sans appui, aux assauts des scélérats accourus de toutes les extrémités de la France.
Les angoisses et les insultes se succèdent rapidement. Le roi et la reine ont la douleur de voir naître ces troubles terribles de laVendée où le royalisme , la fidélité et l'attachement au trône et à l'autel commencent à être traités de crime , et le nom même du prince placé en tête de proclamations qui menacent de punir les vertus transformées en forfaits . Ils voient les factieux de la première Assemblée, qui avaient au moins du talent V Insuffisante gloire, remplacés par une majorité d'hommes sans esprit, sans mœurs, sans décence, sans éducation, et qui joignaient les formes de la grossièreté aux intentions de la haine . Le roi et la reine sont forcés de blâmer ceux que l'attachement à leur cause a poussés loin de la France à la suite des princes. Les insurrections
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se multiplient, les arrestations nombreuses peuplent les prisons de royalistes; Louis XVI voit les biens de ses augustes frères confisqués, les têtes de ses plus fidèles partisans mises à prix par des lois, par des actes rendus en son nom ; il voit partout cette liberté des cultes, proclamée avec tant d'emphase et d'hypocrisie , réduite dans la pratique à la persécution des prêtres et des fidèles qui restaient en communion avec Rome ; on fait au plus religieux des princes un crime de ne pas éloigner de son auguste personne ceux qu'il a préférés pour ministres de son culte et dépositaires des secrets de sa conscience ; ce droit dérisoire du veto , ce dernier simulacre de l'autorité monarchique n'est plus, dès que le prince l'exerce, qu'une preuve de son esclavage et de l'impuissance des lois qui lui en confient l'usage ; des actes d'accusation sans motifs et même sans prétextes - engloutissent dans les cachots d'Orléans les infortunées victimes du royalisme , qui n'en sortaient que pour être massacrées. La reine, au milieu de ce cruel hiver où tout annonçait l'approche des dernières tempêtes et des derniers bouleversemens , toujours héroïquement dévouée à ses devoirs, imite constamment son auguste époux, et accomplit, de concert avec lui , cette résolution si magnanime d'ôter aux crimes toute excuse et tout prétexte par toutes les précautions de la sagesse. Elle paraît une fois à l'Opéra , dans cette même loge où elle avait si souvent reçu l'hommage et ces adorations de la France dont elle n'a pas un moment cessé d'être digne, et, comme