CHAPITRE V. l
si ses ennemis avaient un jour oublié le soin de corrompre et de dépraver l'opinion , l'illustre princesse retrouve ces signes de l'amour universel auquel elle n'était plus accoutumée , et revient dire à son époux, au milieu de l'émotion de la plus vive sensibilité , qu'elle a été applaudie comme il y a dix ans, La colonie de Saint-Domingue , dévastée par les Nègres, envoie une députation de ses habitans solliciter des secours auprès du roi; elle se rend un instant auprès de Marie- Antoinette , et son président lui adresse ce peu de mots remarquables : « Madame, dans un grand malheur, nous avons besoin d'un grand exemple; nous venons chercher celui du courage auprès de Votre Majesté. »
Mais tout-à-coup des hurlemens de fureur et de rage s'élèvent de toutes parts pour arracher la sanction royale en faveur de deux lois de sang ; l'une contre les émigrés et les prêtres ; l'autre pour un rassemblement de vingt mille bandits que la faction veut avoir sous sa main campés près Paris, afin d'intimider , de corrompre ou même de combattre la garde nationale qui montrait un excellent esprit. On veut rendre Louis XVI le bourreau de ses serviteurs , de ses défenseurs les plus fidèles ; mais on trouve dans son invincible résistance le religieux héroïsme du digne fils de saint Louis.
Le conseil même du prince est souillé par la présence de ministres choisis parmi les brigands (i) ; et
(1) Weber s'exprime souvent avec toute l'injustice et tout l'aveuglement de la passion : la dénomination de brigands en est une
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qui n'en sortent , après avoir insulte sa bonté et fatigué sa patience , que pour le dénoncer aux scélérats par toutes les révélations de la calomnie et pour le montrer aux poignards. Le sobriquet plat et injurieux de Veto est répété avec un redoublement d'acharnement dans les journaux, inscrit sur les* murailles , répété sous les fenêtres de la reine ; d'infâmes galériens sont rappelés du bagne , conduits en triomphe dans les rues de Paris , et admis aux honneurs de la séance du corps législatif; un massacre horrible est commis dans Avignon ; les corps des victimes sont jetés et murés daus une glacière. Cependant la voix de leur sang perce cette voûte et demande vengeance à l'Assemblée , et l'Assemblée, qui le croira ! non-seulement amnistie les assassins, mais encore les invite à se rendre auprès d'elle, les reçoit dans son sein , et les appelle la providence du midi (i). Louis XVI est forcé de déclarer la guerre au sang de son beau-frère , à l'auguste fils du sage Léopold. Marie-Antoinette a la douleur
preuve dans cette circonstance , où ceux dont il veut parler sont Roland, Clavières, et le général Dumouriez. (Note des nouv. édit.)
(1) Les scènes affreuses dont Avignon fut le théâtre , ont un caractère particulier qui les distingue des autres scènes de la révolution par la réunion du fanatisme religieux et politique. Il est donc nécessaire d'y jeter un coup-d'œil; c'est ce que nous faisons dans les éclaircissemens ( note F ) ; mais il importe de remarquer en passant que Weber n'est pas exact. «Le décret du 19 mars 1792 por- » tait amnistie pour tous les crimes et délits relatifs à la révolution, » commis dans la ville d'Avignon et le corntat Yenaissin jusqu'à m l'époque du 8 novembre 1791 , date delà promulgation du dé- » cret de réunion de ces pays à l'empire français, du i4 septembre