‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 87 sur 151 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

» temps de sanctionner le décret sur la constitution » civile du clergé; ils ajoutaient que la cour ne se- » rait jamais en sûreté tant quelle ne bannirait pas » les prêtres réfractaires. »

Moins touché des injures et des menaces d'une populace sans frein , qu'effrayé du danger d'exposer le clergé à un massacre général , le roi sanctionna le décret , mais il garda les prêtres de sa maison pour le service d'instruction et pour le service divin (7).

On lit un crime à Sa Majesté de cet acte de piété et de justice , et les satellites de la faction firent tant, qu'ils forcèrent Louis XVI de renvoyer les ecclésiastiques attachés à la cour.

Le plan des factieux tendait évidemment à effacer tout sentiment de religion , d'obéissance et de respect dans l'esprit du peuple , pour le conduire au régicide, seul but de leurs manœuvres.

Peu satisfaits de ces premiers succès , ou plutôt enhardis par la facilité de réussir dans leurs entreprises , les jacobins forcèrent le roi de déclarer la guerre à l'empereur.

Ce fut d'une voix entrecoupée, et les larmes aux yeux , que ce bon prince démontra l'injustice et les dangers de cette guerre ; mais il eut beau représenter qu elle ne pouvait avoir que des suites funestes pour le peuple qu'il aimait toujours, malgré son égarement , il fallut céder et signer, parce que

(1) Les Mémoires de Dumouriez offriront des détails fort curieux sur les circonstances et sur les résultats du refus que fit le roi de sanctionner le décret relatif au clergé. {Note des nouu. édit.)

les jacobins l'avaient ainsi résolu. Ils avaient eu la précaution de placer leurs créatures (1) dans les emplois ministériels , pour ôter toute ressource au roi ; quelque temps après , ce monarque infortuné fut forcé de sanctionner un décret de proscription contre les émigrés et contre les princes ses frères.

Qu'on se représente la douleur de ce prince , honnête homme , bon mari, bon père, bon parent, excellent ami , lorsqu'il se vit contraint de signer le décret qui punissait de mort et ses frères et tous ces gentilshommes si fidèles , qui n'avaient abandonné leurs familles et leur fortune que pour tenter de briser ses fers!

La guerre ayant commencé à cette époque , il ne resta à ce souverain d'autre moyen que d'approuver les résolutions de ses ministres, seuls responsables, d'après les lois de la constitution.

Malgré ces sacrifices, les jacobins continuaient de déclamer contre lui ; ils l'accusaient d'être d'intelligence avec les puissances étrangères; et chaque fois que l'armée française essuyait quelque échec, ils s'efforçaient de prouver que ce prince trahissait la patrie ; lui qui ne pouvait articuler une phrase ,

(1) Roland , Servan etClavières. Ce dernier signala son entrée au ministère des Finances par le renvoi des administrateurs généraux des postes, et par celui de tous les employés qu'il soupçonnait d'être attachés à la famille royale *. W.

* Consultez sur Clavières les Mémoires de madame Roland, T.i, l« Théorie de l'impôt de M. Hennet, et la Biographie universelle, où Clavières est jugé moins sévèrement. {IXoic des nom . édit I

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