CHAPITRE V. IHI
ni écrire une ligne sans qu'elles ne fussent connues et rendues publiques.
Telle fut constamment la conduite des jacobins, pour étouffer tout sentiment de respect et d'attachement dans le cœur des sujets restés fidèles ; par ce manège , ils achevèrent de corrompre le peuple, qui jusqu'alors ne s'était permis que des extravagances envers le roi et sa famille , et qui , enfin rendu furieux par ces machinations infernales , se livra aux plus grandes cruautés.
Une fois sûr de la multitude , le club des jacobins ne fit plus mystère de ses vues scélérates, et il déclama hautement, dans sa frénésie, qu'il emploierait tous les moyens imaginables pour détrôner, faire assassiner ou empoisonner tous les rois , et Louis XVI fut désigné pour la première victime.
Une multitude innombrable de tout sexe et de tout âge , armée de piques et de fusils , sortie en plus grande partie du faubourg Saint-Antoine , se porta à l'Assemblée nationale, et cria : « La patrie » est en danger ; le roi n'a pas voulu sanctionner » les décrets qui ordonnent l'exportation des. prêtres » non sermentés, et le camp de vingt mille hommes » autour de Paris : il faut faire couler du sang. »
L'Assemblée nationale , dont la majorité était complice des jacobins, envoya , pour la forme, un ordre au maire de prendre les mesures que les circonstances exigeraient; elle savait que ce jour-là on célébrait à dessein une fête nationale à Ver-
sailles , afin de donner un prétexte à l'absence de Petion , et que par conséquent celui-ci ne pouvait se porter dans les faubourgs. Elle ne fît aucune autre démarche pour détourner ou arrêter les séditieux qui, ayant pris Santerre pour chef, se mirent en marche , déclarant , à leur sortie de la salle du manège, qu'ils allaient attaquer l'asile du roi.
La garde nationale non soldée , avertie de leur projet, avait eu la précaution de fermer les portes des cours du château, et le roi, sachant que la horde en voulait à tout le service de la famille royale , ordonna aux personnes qui le composaient et qui s'étaient réunies pour partager ses dangers , de se retirer. Il les fît conduire, six à six, à toutes les portes, par les huissiers de sa chambre , avec ordre aux suisses-portiers de les laisser sortir.
Cependant le rassemblement qui avait été grossi dans sa marche de tous les brigands de chaque quartier de la ville, s'avançait vers les Tuileries , précédé d'une députation à écharpe tricolore, pour se faire ouvrir par ruse les portes qu'il craignait ne pouvoir emporter de vive force.
Dès que les portes s'ouvrirent, les factieux se précipitèrent en même temps dans les cours, sur les escaliers et dans les appartemens ; la salle des gardes fut investie : les assassins se jetèrent sur les portes de l'intérieur, que les valets de pied avaient fermées aux verroux. Toutes, jusqu'à celle de l'antichambre du roi , furent enfoncées à coups de haches et de piques , et la famille royale aurait été cer-