CHAPITRE V
tainement perdue , sans la présence d'esprit d'Acloque , commandant le bataillon du faubourg Saint- Marceau , de Joly et Canolle , canonniers de la garde nationale non soldée de la section des Filles- Saint-Thomas, et surtout des braves grenadiers de cette section, qui, s'étant doutes du projet des assassins , eurent la pre'caution de se tenir dans la dernière pièce.
Le maréchal de Mouchy , le sieur Septeuil , premier valet de chambre du roi, receveur général des finances , trésorier de la liste civile , et Gentil, premier valet de garde-robe du roi et de monseigneur le dauphin, ayant fait part à Sa Majesté de ce qui se passait dans l'antichambre, le roi sortit sur-le-champ , et alla dans cette pièce où se tenaient quelques officiers et grenadiers des Filles- Saint-Thomas.
Le calme dans le cœur, seul bien d'une vie irréprochable, ce prince, en arrivant, vit enfoncer un panneau de porte d'un coup de pique qui faillit le blesser ; voyant tomber, à coups de haches , un second panneau à ses pieds, il ordonna tranquillement d'ouvrir, et alla au-devant des rebelles , en disant : ce Que me voulez-vous? Je suis votre roi.»
L'apparition subite de la divinité , environnée de foudres et d'éclairs, n'aurait pas fait plus d'impression sur cette foule de brigands qu'en produisit la présence du roi, seul, sans gardes et sans suite.
Ces hommes armés parurent comme pétrifiés ; plusieurs reculèrent d'étonnement, et il régna pen-
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dant quelque temps un profond silence, tant la sérénité et la vertu du roi leur avaient imposé !
Quelques momens après, le tumulte recommença, et l'on entendit, de tous côtés, les cris de « La sanction ou la mort ; » Le camp autour de Paris ; » Chassez les prêtres, chassez les aristocrates. » On vit en même temps un brigand en uniforme de la garde nationale soldée du faubourg Saint- Antoine , s'avancer pour porter un coup de baïonnette au roi , mais la Providence permit que Joly fondît comme un éclair sur ce forcené et le terrassât; au même instant, un second leva sa pique, et en allait percer le roi ; le nommé Canolle eut le bonheur de détourner le coup mortel.
Enfin , le brave Acloque et les grenadiers de la section des Filles-Saint-Thomas , saisirent avec rapidité le moment d'entourer le roi , et l'éloignèrent un peu des assaillans.
Ils le supplièrent de monter sur une banquette près d'une croisée, et ayant mis une table très-large devant lui, ils se rangèrent autour, sur trois hommes de hauteur, afin de rendre impossibles, par cette distance, les attentats des gens à piques.
Le maréchal de Mouchy se tint constamment derrière le roi , pour prévenir les dangers qui le menaçaient du côté de la cour.
D'autres grenadiers, apercevant madame Elisabeth, se rangèrent pour la laisser approcher. Cette princesse , qui versait un torrent de larmes , de-