CHAPITRE V
mandait à toutes les personnes qu'elle jugeait honnêtes des secours , non pour elle , mais pour le roi : en arrivant à lui , elle le serra dans ses bras en sanglottant , et l'assura « qu'elle ne voulait pas » lui survivre un instant; » mais cette vile populace, excitée encore par son commandant Santerre, ne fit aucune attention à la douleur profonde de cette princesse , et l'insulta sans ménagement , croyant que c'était la reine. Ce fut en ce moment qu'un furieux voulut la frapper , en s'écriant : « Voici l'Autrichienne qu'il faut tuer. » Un officier de la garde se hâta de la nommer. « Pourquoi, lui » dit madame Elisabeth , ne pas leur laisser croire » que je suis la reine , vous auriez peut-être évité » un plus grand crime. »
J'ai à peine le courage d'achever ce triste récit : les rebelles mirent le comble à leurs outrages en forçant Louis XVI à se couvrir du bonnet des jacobins, qu'ils lui présentèrent au bout d'une pique.
Pendant ce temps , l'auguste fille de Marie-Thérèse n'avait pas des momens moins cruels à passer; et, sans les tendres soins du roi et le secours des grenadiers des Filles-Saint-Thomas, elle aurait été la victime de cette populace effrénée qui demandait sa tête avec mille imprécations.
Tremblante pour les jours de son époux , elle chercha d'abord à se rendre auprès de lui ; mais la communication était interceptée par les factieux. La reine s'enferme avec madame la princesse de
Lamballe, madame la duchesse de Luynes et le duc de Choiseul, qui restèrent avec elle dans la chambre de monseigneur le dauphin, et ne la quittèrent pas pendant tout le temps que durèrent ces scènes affreuses.
Aubier ( i ) et Pannelier (2), se trouvant en même temps auprès de Sa Majesté, la conjurèrent aussi de ne pas s'exposer inutilement à une mort certaine , puisqu'elle ne pouvait traverser les appartenons qu'au milieu des assassins.
(1) Aubier de la Montille , gentilhomme servant du roi , et trèsconsidéré de LL. MM. Il était de Clermont en Auvergne; cette province a fourni à l'armée des princes une foule de militaires de toutes les armes, et entre autres plus de trois cents gcntilhommes, montés, armés et équipés à leurs dépens, qui ont fait la campagne de 1792*. W.
(2) Administrateur de la forêt de Compiègne. Son costume de garde national de cette ville le fit respecter des brigands. Il eut le bonheur, dans ces momens critiques, de faire beaucoup de rapports à la reine, et de lui rendre, ainsi qu'à monseigneur le dauphin, différons services. W.
* Fm manuel D'Aubier, dont Weber parle dans celte note, était gentilhomme ordinaire de Louis XVI. C'est un de ceux tfui montrèrent pour défendre le malheureux prince le plus de courage et d'énergie. 11 suivit la famille royale au )o août, et tout le temps qu'elle resta dans l'enceinte de l'Assemblée il coucha dans l'antichambre. En se séparant du roi, il offrit à ce prince tout ce qu'il possédait en numéraire , et partit pour l'Allemagne. A l'approche du jugement de Louis XVI , il adressa à l'envoyé diplomatique de France à La Haye une demande pour être reçu comme prisonuier, et conduit à la Convention afin de déposer solennellement dans le procès. 11 eut recours ensuite , pour le même objet , à M. de Malesherbes qui l'engagea à ne pas s'exposer. Frédéric Guillaume, pour le récompenser de son dévouement, le fit chambellan. S. M. Louis XV11I l'a réintégré dans la place de gentilhomme ordinaire.
( Note des nouw. édit. )