‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 97 sur 151 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

» venu de la part du roi ordonner à M. de Champ- » cenetz de faire ouvrir les portes. Il ne connaissait » pas le porteur de ce prétendu ordre ; il n'a pas » imaginé de concevoir la moindre méfiance , et a » fait ouvrir les portes. Entre une heure et deux )) heures, j'ai passé sur la place de Louis XV; j'ai » vu peu de monde sur la place; le Pont-Tournant )> occupé par un fort détachement de la garde na- » tionale , du canon braqué ; un bataillon de » troupe de ligne rangé près de la statue , et j'ai » cru à la tranquillité. Revenant le long du quai, » j'ai vu la porte vis-à-vis le Pont-Royal ouverte ; » et tout le monde y entrant, je suis descendu de » voiture et me suis mêlé à la foule , ne doutant » pas qu'il n'y eût là beaucoup d'honnêtes gens » prêts à se jeter dans le château pour défendre » les jours du roi, s'ils étaient menacés; et en effet, » j'en ai trouvé un grand nombre. Ils m'ont dit que » le roi avait prié tous ceux qui étaient chez lui » de se retirer, ne voulant pas , disait-il , renou- » vêler la scène du 28 février. J'ai demandé à » plusieurs, combien ils étaient? ils m'ont répondu, » six à sept cents : il y avait quarante mille ban- » dits ! Au reste , à peine entré dans le jardin, je » n'ai plus vu l'image du danger. Un triple rang » de gardes nationales , les deux derniers ayant la » baïonnette au bout du fusil, bordait la terrasse, » depuis la porte du Pont-Royal jusqu'à celle vis- » à-vis Saint-Roch. Les bandits défilaient assez pai- » siblement ; quelques pelotons seulement s'arrê-

ïS8 MÊMOIRJES DE WEBER.

>j taient de temps en temps sous les fenêtres des

» appartemens royaux , agitant leurs armes et

» criant : A bas veto ! vive ta nation ! J'ai entendu

» un de ceux qui portaient les armes les plus hor-

» ribles, et dont la bonne physionomie contrastait

» singulièrement avec son costume féroce , dire

» en voyant les fenêtres du roi fermées : Mais

» pourquoi donc ne se montre-t-il pas? De quoi

» a-L- il peur ce pauvre cher homme ? Nous ne

» voulons pas lui jaire du mal. J'ai entendu ré-

» péter cet ancien propos , on le trompe : un autre

» répliquait : Mais aussipourquoi croit-il plutôt six

» hommes que sept cent quarante-cinq ? On lui a

)) donné un veto , il ne sait pas le gouverner! Une

» machine énorme, taillée comme les tables de la

» loi de Moïse , et sur laquelle était écrite en lettres

» d'or la déclaration des droits de l'homme , était

» la grande relique de la procession. À côté des

» femmes qui portaient des sabres et des broches,

» on voyait des hommes porter des branches d'oli-

» vier. Les bonnets rouges étaient par milliers , et

» à chaque fusil ou à chaque pique pendait une

» bauclerolle sur laquelle on lisait: La constitution

» ou la mort. Ainsi, chacun portait sa condamna-

» tion au-dessus de sa tète î Enfin , après avoir

)) rôdé depuis deux heures jusqu'à quatre, n'ayant

» vu que quelques méchans isolés , qui ne parais-

j> saient pas devoir être craints , et une masse

)) d'hommes faisant une procession dégoûtante et

» ridicule, j'ai cru pouvoir aller dîner au Luxent-

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