CHAPITRE V
» bourg , me promettant de revenir encore au soir; » mais par curiosité seulement, et sans aucune des » idées qui m'y avaient fait descendre le matin. Je » dinai avec un membre de l'Assemblée nationale, » un des bons qui croyait, ainsi que moi, la jour- » née à sa fin , lorsqu'on est venu nous avertir que » l'élite des faubourgs avait tourné les Tuileries , » s'était présentée à côté du Carrousel, et avait forcé » la porte et le château. J'ai couru aux Tuileries; » voici ce qui s'était passé: du côté du jardin, l'ordre » n'avait pas été troublé ; du côté de la cour, les » officiers municipaux avaient ordonné à vingt- » trois gardes nationaux excellens, qui à eux seuls » contenaient toute la colonne, de laisser passer » ce que ces messieurs appelaient les pétitionnaires; » alors , tous les bandits enragés avaient couru au » château , s'étaient emparés d'une partie des ca- » nous des gardes nationales , et l'avaient braquée » contre le palais , ainsi que celui qu'ils avaient » amené avec eux. La garde nationale, moitié » bonne , moitié mauvaise , disposée de manière » qu'elle se serait entretuée si elle avait voulu » tirer, et d'ailleurs ne recevant ni réquisition du » magistrat , ni ordre du commandant, était de- » venue spectatrice. Les grenadiers pleurant sur » leurs fusils chargés qu'ils n'osaient pas tirer; » d'autres indifférens; plusieurs, et beaucoup trop, » prenant la main de tous ces gueux. Parvenus à )) la porte de l'appartement , un cri universel avait » retenti de toutes parts : Enfonçons , en/on-
igO MEMOIRES DE WEBER .
» çons ! Le premier coup avait été donné par
» un garde national en faction ; un grena-
» dier avait arrêté le second , en lui disant :
» Malheureux! tu déshonores l'habit que tu portes.
» On avait hissé un canon démonté de son affût ,
» à force de bras , dans la salle des gardes. Le roi,
» après avoir examiné de chez son premier valet
)> de chambre, M. de Septeuil, ce qui se passait
» dans les cours , entendant les coups redoublés
» qu'on donnait à la porte de l'œil-de-bœuf , s'é-
» tait arraché d'avec la reine , avancé vers la porte
» accompagné du maréchal de Mouchy, et avait dit :
» Je m'en vais à eux; à moi quatre grenadiers; qu'on
» ouvre. On avait ouvert; un coup de baïonnette
» dirigé sur la porte pour l'enfoncer, allait at-
» teindre le roi, un grenadier l'avait détourné. Le
» digne Acloque s'était mis au-devant du roi , en
» leur criant : Respectez votre maître; vous n'ar-
» riverez à lui qu après avoir passé sur mon corps.
» Un autre grenadier avait dit au garde national
» qui avait porté le premier coup à la porte , et
» qui en entrant ouvrait la bouche pour maudire
» le roi : Crie vive le roi , malheureux ! Et le mal-
» heureux avait crié vive le roi , et ce cri avait été
» répété par les bandits dont la première sensation,
» en voyant le roi , avait été la surprise et le sai-
» sissement. Le maréchal de Mouchy, Acloque,
» les quatre grenadiers avaient entraîné le roi
» dans la troisième travée , pour qu'il ne pût pas
» être tourné ; là il était monté sur un gradin , leur