‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 99 sur 151 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

» demandant ce qn'ils voulaient; enfin un furibond » nommé Legendre , s'était avancé au milieu d'un » groupe d'assassins , avait offert au roi le bonnet » rouge; un autre lui avait présenté à boire. Le » roi avait bu et avait accepté le bonnet rouge. » Voilà où en était cet horrible événement lorsque » je suis entré aux Tuileries. La grille du milieu » était fermée . Une députation de l'Assemblée était » chez le roi , plusieurs députés y étaient pour leur » propre compte. Dumas, ancien major général de » la garde nationale sous La Fayette , avait couru » pour dire à l'Assemblée : Le roi est dans le plus » grand danger , insulté, menacé; il ne peut se » faire entendre ni donner des ordres; je l'ai vu » avilir sous un bonnet de laine rouge. Plusieurs » voix s'étaient écriées : Eh bien! M. Thuriot avait m demandé qu'on rappelât à l'ordre ceux qui in- )) sultaient le peuple. Isnard et Vergniaud criaient » dans les appartemens : Respectez votre roi cons- » titutionnel! fiez-vous à ï Assemblée nationale . Le » peuple criait au roi : vive la nation! et le roi » répondit par le même cri. Mais lorsqu'on lui » demandait la révocation du veto et le retour des » ministres renvoyés , il rappelait le peuple à la )) constitution , professait un attachement invio- » lable pour elle, et répondait toujours que rien » ne l'empêcherait de se servir , pour le bien de la » nation, du pouvoir qu'elle lui avait confié. La » députation, arrivée jusqu'au roi, lui a proposé » de passer au milieu d'elle dans une chambre où

ÏO,2 MKMOTnES DE WEBER .

» l'afïïuence serait moins grande; il y a passe.

» Depuis ce moment le danger a beaucoup di-

» minué. De demi-heure en demi-heure , les dë-

» putations se relevaient auprès de lui. J'en ai vu

» entrer quatre. Pétion était arrive pour jouir de son

» triomphe. Applaudi dans les cours, il avait dit

» à tous ces misérables, quil n'avait fait que son

» devoir; quil était bien sensible à leur amitié'.

» Près du roi, il a voulu haranguer Sa Majesté ,

» ce qui a occasionë une espèce de tumulte. Un

» garde national a dit alors à ce malheureux prince

» de ne rien craindre et d'être tranquille ( i ). Tran-

» quille , a repris le roi , je le suis; quand on a la

» conscience pure on n 'a rien à craindre; et pren a 1 1 L

» la main du grenadier le plus proche, il lui a dit

» en la posant sur son cœur : Ami, sens s'il bat

» plus vite qu'à l'ordinaire , et dis si je suis tran-

» quille. Ce mot a produit un effet merveilleux.

» Les brigands en ont été frappes. L'assemblée

(i) Ce n'est point un garde national, mais Pétion lui-même, qui, «'adressant au roi , dit à ce prince qu'il n'avait rien à craindre. « Il n'y a que ceux qui ont quelque chose à se reprocher qui peu- » vent avoir peur,» repondit Louis XVI; et prenant la main d'un grenadier, qu'il plaça sur son cœur : « Dites à cet homme, ajouta- » t-il , s'il bat plus vite qu'à l'ordinaire. » Cette version me paraît préférable , quoique le trait soit le même. Le mouvement et la réponse du roi ont quelque chose de sublime , et un mot suffit pour gâter le sublime : nous ne faisons que- rétablir la version publiée, à l'époque même, dans la plupart des relations de cette journée. •Nous avons supprime celle de Weber, qui a dénaturé le fait, ou du moins qui, dans son récit, lui ote de sa simplicité.

( Note des nouu. édit.j

CHAPITT.fc v. ig5

» l'a couvert d'applaudissemens quand il lui a été » rapporté par la seconde députation ; et avec le » secours de Santerre dont on a été obligé d'invo- » quer la protection , on est parvenu à faire sortir » la foule.

)) Lorsque le roi s'était avancé pour ouvrir les » portes , madame Elisabeth, seule de sa famille , « l'avait suivi , et elle était toujours restée à la » première travée ; moins effrayée peut - être de » cette scène que les autres , parce que dans ce » moment le roi lui paraissait un martyr. Ces ti- » grès s'étaient attendris malgré eux en la voyant, )) et leur fureur était un peu amortie avant d'ar- » river jusqu'au roi. Pour la reine , sept à huit » personnes , parmi lesquelles étaient le vicomte » de Monteil et le duc de Chois eul , l'avaient » environnée, et malgré ses cris l'avaient entraînée » dans la chambre du conseil. On avait mis la ta- « ble en travers. Des gardes nationales faisaient » le fer à cheval , depuis les deux extrémités de » cette table jusqu'aux deux portes.

» La reine était de l'autre côté de la table avec » ses dames et quelques serviteurs. Elle ne voit » pas son fils , elle le demande. Une femme de » chambre accourt et s'écrie : M. le dauphin est m enlevé. La reine tombe évanouie. Une autre m femme lui ramène son fils et l'homme qui l'a i) défendu : Madame , dit-elle , voilà l'homme à n qui vous devez le salut de votre fils. La reine lui w exprime sa vive reconnaissance. Les brigands ir. i3

ig4 MÉMOIRES DE WEBER.

» défilent par la chambre du conseil ; on jette un » bonnet rouge pour le dauphin. On demande » qu'il soit monté sur la table ; il y reste pen- » dant une demi-heure ; il se familiarise avec ce » spectacle et finit par rire en tenant ce vil bonnet » rouge. La reine avait un maintien fort digne ; » les uns en étaient frappés , les autres restaient » insensibles. Ici, on criait : Vive la reine! là , » on vomissait des horreurs. Les députés de l'As- » semblée , qui étaient auprès d'elle, sont sortis pé- » nétrés de respect y et plusieurs attendris malgré » eux. Enfin à neuf heures et demie tout a été » dissipé. Le roi est rentré chez lui ; la reine est » venue se jeter à ses genoux et l'a pressé dans ses » bras , non pas en pleurant , mais en criant.

» Ce matin tout Paris s'est trouvé plongé dans la » consternation ; l'Assemblée dans la honte , la » garde nationale dans le remords et dans la rage. » Le roi a fait venir un juge de paix pour consta- » ter les traces de la violence , et les vols commis )) dans le château. On a volé dans les appartemens )> des meubles et des ferrures , à un détachement )> des gardes nationales soixante-quinze fusils , à » un autre quarante-deux. Le département a fait » commencer hier soir une information. M. Pétion, )) et un autre municipal nommé Sergent , ont été )> ce matin hués , menacés , lapidés , dans la cour » du château , par les gardes nationales et le » peuple. Le département songe à suspendre ou » même casser la municipalité ; l'Assemblée a dé-

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