NOTICES HISTORIQUES SUR LA RÉVOLUTION
le calme , la fierté , même la joie de l'innocence qui méprise la mort et sait que la sienne sera vengée. Je ne puis m'empêcher de répéter ici les regrets déjà exprimés de la perte de ces notes qui peignaient si bien et les faits que j'avais connus, et les personnes dont j'avais été environnée , et les sentimens que j'éprouvais dans la succession des événemens d'alors. J'apprends qu'il en est échappé quelques-unes à la destruction ; mais elles ne contiennent que les détails de ma première arrestation : un jour peut-être la réunion de ces lambeaux offrira à quelque main amie de quoi ajouter de nouveaux traits au tableau de la vérité .
La publication d'un grossier mensonge , l'annonce bruyamment faite sous ma fenêtre d'une de ces feuilles du Père Duchesne , sale écrit dont Hébert y substitut de la commune de Paris , empoisonne tous les matins le peuple ignorant qui boit comme l'eau la calomnie , m'avaient persuadée qu'il se projetait contre moi quelque horreur. Cette feuille disait que son auteur m'avait rendu visite à l'Abbaye , et qu'ayant obtenu ma confiance sous l'apparence d'un brigand de la Vendée , il avait eu mon aveu des liaisons de Roland et des Brissotins avec les rebelles de ce département et le gouvernement anglais. Ce conte ridicule était assaisonné de tout ce qui fait les ornemens du langage du Père Duchesne ; les vraisemblances physiques n'étaient pas mieux ménagées que les autres ; je n'étais pas seulement transformée en contre-
révolutionnaire , mais en vieille édentée , et l'on finissait par m'exhorter à pleurer mes péchés , en attendant que je les expiasse à l'échafaud. Les colporteurs , bien instruits sans doute , ne quittèrent pas d'une minute les enviions de ma résidence ; ils accompagnaient l'annonce de la Grande visite du Père Duchesne , des provocations les plus sanguinaires au peuple du marché. Je pris la plume ; j'écrivis quelques lignes au ministre Garât, qui se croit un sage parce qu'il n'a de passion que la peur qui lui fait ménager le parti le plus fort , très -indépendamment de la justice ; je lui faisais honte de l'administration qui expose l'innocence , déjà opprimée, aux derniers excès de la fureur d'un peuple aveuglé. Je ne prétendais assurément pas le convertir ; mais je lui envoyais mes adieux comme un vautour pour ronger son cœur. Vers le même temps , une femme , dont on ne vantera pas les connaissances, mais qui unit aux grâces de son sexe la sensibilité dame qui en fait le premier mérite et le plus grand charme , trouva moyen de pénétrer dans ma prison. Combien je fus étonnée de voir son doux visage , de me sentir pressée dans ses bras et d'être baignée de ses pleurs ! je la pris pour un ange ; c'en était un aussi , car elle est bonne et jolie , et elle avait tout fait pour m'ap porter des nouvelles de mes amis ; elle me donnait encore des moyens de faire passer des miennes. Cet adoucissement à ma captivité contribuait à me la faire oublier , lorsqu'à raidi 3 du 24 juin , la
femme du concierge vient m'inviter à passer dans son appartement , où me demandait un administrateur. J'étais souffrante et couchée; je me lève, je vais chez elle ; j'entre dans la chambre où un homme se promenait et un autre écrivait , sans qu'aucun des deux parut s'apercevoir de mon arrivée. « Est-ce bien moi qu'on demande , Messieurs? (i) — Vous êtes la citoyenne Roland? — Oui, je m'appelle ainsi. — Prenez la peine de vous reposer. » Et l'un continue d'écrire , l'autre de se promener. Je cherchais ce que signifiait cette comédie , quand l'écrivain prenant la parole , me dit : « Je viens vous mettre en liberté. » Je ne sais pourquoi cette annonce me toucha très -faiblement. *( Mais , répliquai-je , il est fort bien fait de me mettre hors d'ici , il s'agit en même temps de me faire entrer chez moi; les scellés sont sur mon appartement.— L'administration les fera lever dans le jour; j'écris pour un ordre , parce que je suis seul ici d'administrateur, et quil faut deux signatures pour la décharge du concierge. » Il se lève , donne sa commission, et revient m'entretenir de cet air qui veut inspirer la confiance ; puis me demande toutà-coup , comme sans conséquence : « Vous savez où est M. Roland à présent? » Je souris à la question , en observant qu'elle n'est point assez discrète pour mériter une réponse. La conversation deve-
(i) Voyez dans les Pièces (K bis) un morceau de Roland, sur la dénomination de citoyen dont il n'était pas partisan.
liait ennuyeuse ; je me retire dans ma chambre pour faire mes dispositions. J'eus d'abord l'idée de dîner paisiblement et de ne partir que vers le soir ; mais je réfléchis que c'était une folie que de rester en prison quand on avait la faculté d'en sortir; d'ailleurs le concierge vint savoir si je prenais mes arrangemens ; je vis qu'il était empressé d'avoir mon logis. C'était un petit cabinet , fort maussade par la saleté des murs, l'épaisseur des grilles, et le voisinage d'un bûcher que tous les animaux du logis prennent pour leurs lieux d'aisance ; mais comme il ne peut tenir qu'un lit , on a l'avantage d'y être seul, et on en fait ordinairement les honneurs au nouvel arrivé , ou à l'individu qui désire cet agrément. Lavacquerie, qui ne l'avait jamais vu habiter par quelqu'un d'aussi bonne humeur que moi , et qui admirait la complaisance avec laquelle j'y ordonnais des livres et des fleurs , me disait qu'il l'appellerait désormais le pavillon de Flore. J'ignorais qu'il le destinât en ce même instant à Brissot, que je ne savais pas dans mon voisinage ; que bientôt après il serait habité par une héroïne, digne d'un meilleur siècle, la célèbre Corday. Ma pauvre bonne, qui arrivait pour me voir, pleurait de joie en faisant mon paquet; on me fait voir l'ordre de ma mise en liberté , fondé sur ce qu'il n'y a rien contre moi ; je fais mes comptes et mes petites générosités pour les pauvres et les valets de la prison ; je trouve sur mon passage l'un des otages , prince de Linange , qui me félicite obligeamment
de ma liberté : je lui réponds que je voudrais lui faire un compliment pareil , comme gage de celle de nos commissaires et de la paix de mon pays : j'envoie chercher un fiacre; je descends , fort étonnée de voir encore l'administrateur qui n'avait pas quitté la prison , et qui vient jusque sur la porte me regarder monter en voiture, Je me fais conduire à mon domicile , dans le dessein d'y déposer quelques objets , et de me rendre bientôt après chez les dignes gens qui ont adopté ma fille ; je quitte le fiacre avec cette légèreté , qui ne m'a jamais permis de sortir dune voiture sans sauter; je passe sous ma porte comme un oiseau , en disant gaiement au portier : « Bonjour, Lamarre. » Je n'avais pas franchi quatre marches de mon escalier, lorsque deux hommes venus sur mes talons je ne sais comment , s'écrient : « Citoyenne Roland ! — Que voulez-vous? demandai-je en me retournant. — De par la loi, nous vous arrêtons. » Qui sait sentir, n'a même pas besoin de penser pour juger ce que je dus éprouver à cet instant. Je me fais lire l'ordre; je prends mon parti sur-le-champ, je descends et traverse la cour avec rapidité. « Où donc allezvous ? — Chez mon propriétaire , où j'ai affaire ; suivez- moi. » La maîtresse du logis m'ouvre ellemême en riant. « Laissez - moi m'asseoir et respirer, lui dis-je ; mais ne vous réjouissez pas. On vient de me mettre en liberté , ce n'était qu'un leurre cruel ; je sors de l'Abbaye ; on m'arrête pour me conduire à Sainte-Pélagie : je connais les délibéra-
tions dernièrement prises par ma section, je veux me mettre sous sa sauve-garde ; je vous prie d'envoyer en conséquence . » Le fils de la maison s'empressa avec la chaleur et l'indignation d'un jeune homme honnête (i). Deux commissaires de la section arrivent , se font représenter l'ordre , dressent leur procès-verbal d'opposition ; mais ils me prient ensuite de les accompagner à la Mairie , où ils vont le signifier et donner leurs raisons. Je ne pouvais me refuser à cette démarche; j'avais employé le temps à faire des billets à mes amis , pour les prévenir de ma nouvelle destination ; je quitte une famille où cette scène venait de jeter la surprise et l'effroi ; nous arrivons à la Mairie ; je suis placée dans une petite anti-chambre avec les inspecteurs chargés de garder ma personne ; les commissaires entrent dans le bureau des administrateurs de police . La discussion s'élève , se prolonge et devient vive : j'étais mal à l'aise , je me trouvais déplacée ; je me demandais par- quelle fatalité l'innocence devait jouer le rôle d'un criminel attendant son jugement, et jusque-là exposée aux regards curieux des gens qui venaient dans cette anti-chambre ; impatientée , je me lève, j'ouvre la porte du bureau : « Je puis, Messieurs, assister sans inconvénient à une discussion dont je suis l'objet. — Retirez-vous, » s'é-
(i) Ce mouvement généreux lui coûta la vie. Il fut condamné pour ce seul fait par le tribunal révolutionnaire. Son père en mourut de chagrin.
fcrie un petit homme que je reconnus pour être Louve t , qui était venu si gauchement m'intcrroger à l'Abbaye, ce Mais je n'ai pas envie de faire violence, je ne suis point en mesure pour cela ; je ne demande même pas la parole , je ne désire que d'être présente. — Retirez- vous , retirez -vous ; gendarmes , arrivez ! » On eût dit que le bureau était assiégé , parce qu'une femme de bon sens voulait y entendre ce qu'on disait d'elle. Il fallut bien se retirer pour n'être pas emmenée. Peu après je vis des signes , des allées et des venues ; on donna l'ordre d'aller chercher une voiture , et enfin un inspecteur de police vient me prier de le suivre. Je retourne à la porte du bureau, que j'ouvre toute grande : « Commissaires de la section de Beaurepaire , je vous préviens que l'on m'emmène. **» Nous ne pouvons l'empêcher ; mais la section ne vous oubliera pas; elle veillera à ce que vous soyez interrogée ( i ) . » Il sera curieux de voir comment y ayant été mise en liberté à une heure , parce qu'il n'y avait rien contre moiy j'ai pu devenir suspecte dans le chemin de l'Abbaye à mon domicile y et fournir ainsi de nouveaux motifs de détention. Joubert , autre administrateur , aussi violent ,
(i) Quelques jours après cette seconde arrestation , madame Roland adressa une lettre à la section de Beaurepaire ; mais le président n'osa pas en donner lecture à l'Assemblée, tant la terreur avait déjà fait de progrès. Cette lettre se trouve parmi les Pièces (M).
mais plus lourd et encore plus sot que Louvet , prit magistralement la parole pour justifier l'administration, en convenant que ma première arrestation était illégale , et qu'il avait fallu me mettre en liberté pour m'arréter ensuite aux termes de la loi. Ceci me donnait beau jeu ; j'allais en profiter ; mais les tyrans , à qui la vérité échappe , ne veulent pas même alors qu'on la leur dise; le bruit et la colère ne laissent pas une seule place à la raison ; je quittai la compagnie , et fus amenée à Sainte- Pélagie.
Le nom de cette maison , qui , sous l'ancien régime , était habitée par des religieuses gardiennes des victimes des lettres-de-cachet , et qu'on supposait de mauvaises mœurs , son isolement dans un quartier éloigné , rempli de ce qu'il faut bien appeler peuple , et trop connu par l'esprit féroce qui y fit égorger tant de prêtres au mois de septembre 9 ne me présentaient pas ce nouvel asile sous un jour consolant.
Pendant qu'on enregistrait mon entrée , un homme de sinistre figure ouvre mon paquet, le fouille curieusement; je m'en aperçois à l'instant où il remet sur le bureau du concierge des imprimés qui y étaient ( c'étaient des journaux ) : surprise et offensée d'un procédé qui ne doit avoir lieu que pour les personnes mises au secret, j'observe que du moins ce ne doit pas être à un homme d'examiner ainsi avec indécence le paquet de nuit d'une femme. On lui ordonne de le laisser; mais
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c'est le porte-clefs du corridor où Ton me loge, et j'étais destinée à voir deux fois le jour son affreux visage. On me demande si je veux une chambre à un ou deux lits. « Je suis seule et ne veux point de compagne. — Mais la chambre sera trop petite. — Peu m'importe. » On cherche , il n'y en avait pas de libre; j'entre dans une chambre à deux lits; elle a six pieds de large sur douze de long, de manière qu'avec les deux petites tables et les deux chaises, il n'y reste guère d'espace. J'apprends qu'il faut payer d'avance le loyer du premier mois ; î 5 livres pour un lit ; le double pour les deux : je ne voulais en occuper qu'un, et je l'aurais pris dans une chambre où il eût été seul ; je ne payai donc que i5 livres. « Mais il n'y a point de pot-à-1'eau ni d'autre vase ? — C'est qu'il faut les acheter , m me dit le certain homme , fort empressé d'offrir des services dont on voit le but intéressé. J'ajoute à ces acquisitions une écritoire, du papier , des plumes ; et je m'établis. La maîtresse du logis vient me visiter; je m'informe des usages et de mes droits ; j'apprends qu'ici l'État ne donne rien pour les prisonniers. « Comment donc viventils? — Il y a une portion de haricots seulement , et une livre et demie de pain par jour ; mais vous ne pourrez manger ni de l'un ni de l'autre. — Je crois bien que cela ne ressemble pas à ce dont j'ai l'habitude ; mais j'aime à connaître de chaque situation ce qui lui est propre , et à mettre mes forces au niveau de celles où je me trouve ; je veux en essayer. » Je
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tentai effectivement ; mais soit la disposition, qui n'était pas très-bonne alors, soit le défaut d'exercice, mon estomac fut rebelle pour l'ordinaire de la prison. Il fallut avoir recours à la cuisine de madame Bouchaud; elle m'avait offert de me nourrir, je l'acceptai : j'y trouvais salubrité, économie, par comparaison à ce que j'aurais fait venir du traiteur, au bout du monde, et dans un quartier perdu. Une côtelette et quelques cuillerées de légumes à diner , un peu d'herbages le soir, jamais de dessert, rien à déjeuner, que du pain et de l'eau; voilà ce que je commandai, et ce dont j'avais usé à l'Abbaye. Je le consigne ici, pour rapprocher cette manière d'être de la dénonciation qui fut faite bientôt après à la section de l'Observatoire , de mes dépenses à Sainte - Pélagie , où je corrompais le concierge , en faisant bombance avec sa famille : d'où l'indignation des sans-culottes , et la proposition de quelques-uns de me dépêcher du monde. Cela s'accorde assez avec les criailleries de ces femmes qui prétendent s'être insinuées chez moi , sous de beaux habits , dans les cercles de vieilles comtesses que je tenais à l'hôtel de l'Intérieur, et avec les articles du journal de la Montagne qui insère les lettres que m'écrivent des prêtres réfractaires- O Danton ! c'est ainsi que tu aiguises les couteaux contre les victimes. Frappe! une de plus augmentera peu tes crimes; mais leur multiplicité ne peut couvrir ta scélératesse, ni te sauver de l'infamie. Aussi cruel que Marius, plus affreux que Catilina-,,
tu surpasses leurs forfaits sans avoir leurs grandes qualités, et l'histoire vomira ton nom avec horreur, dans le récit des boucheries de septembre , et de la dissolution du corps social à la suite des événemens du 2 juin.
Mon courage n'était point au-dessous de la nouvelle disgrâce que je venais d'essuyer; mais le raffinement de cruauté avec lequel on m'avait donné l'avant-goût de la liberté, pour me charger de nouvelles chaînes ; mais le soin barbare de se prévaloir d'un décret, en appliquant faussement une désignation , pour me retenir plus arbitrairement sous une apparence de légalité, m'enflammaient d'indignation. Je me trouvais dans cette disposition: où toutes les impressions sont plus vives et leurs, effets plus alarmans pour la santé . Je me couchai sans pouvoir dormir ; il fallait bien rêver. Jamais les états violens ne sont pour moi de longue durée ; j'ai besoin de me posséder, parce que j'ai l'habitude de me régir. Je me trouvai bien dupe d'accorder quelque chose à mes persécuteurs , en me laissant froisser par l'injustice ; ils se chargeaient d'un nouvel odieux , et changeaient peu l'état que j'avais su déjà si bien supporter; ici, comme à l'Abbaye , n'avais-je pas des livres, du temps? n'étais-je plus moi-même? Véritablement, je m'indignai presque d'avoir été troublée, et je ne songeai plus qu'à user de la vie , à employer mes facultés avec cette indépendance qu'une ame forte conserve au milieu des fers, et qui trompe ses plus ardens ennemis. Mais.
je sentis qu'il fallait varier mes occupations; je fis acheter des crayons , et je repris le dessin , que j'avais abandonné depuis si long-temps. La fermeté ne consiste pas seulement à s'élever au-dessus des circonstances par l'effort de sa volonté , mais à s'y maintenir par un régime et des soins convenables. La sagesse se compose de tous les actes utiles à sa conservation et à son exercice. Lorsque des événemens fâcheux ouirritans viennent me surprendre, je ne me borne pas a me rappeler les maximes de la philosophie pour soutenir mon courage ; je ménage à mon esprit des distractions agréables, et je ne néglige point les préceptes de l'hygiène , pour me conserver dans un juste équilibre. Je distribuai donc mes journées avec une sorte de régularité. Le matin, j'étudiais l'anglais , dans l'excellent Essai de Shaftesbury sur la vertu, et j'expliquais des vers de Thompson; la saine métaphysique de l'un, les descriptions enchantées de l'autre, me transportaient tour à tfour dans les régions intellectuelles , et au milieu des scènes les plus touchantes de la nature. La raison de Shaftesbury fortifiait la mienne, ses pensées favorisaient la méditation : la sensibilité de Thompson , ses tableaux rians ou sublimes , pénétraient mon cœur et charmaient mon imagination. Je dessinais ensuite jusqu'au dîner; j'avais cessé de conduire le crayon depuis si longtemps, que je ne pouvais guère me trouver habile ; mais on conserve toujours le pouvoir de répéter avec plaisir , ou de tenter avec facilité ce qu'on a
fait avec succès dans sa jeunesse. Aussi l'étude des beaux-arts, considérée comme partie de l'éducation chez les femmes, doit, ce me semble, avoir moins pour objet de leur faire acquérir un talent distingué, que de leur inspirer le goût du travail, de leur faire contracter l'habitude de l'application , et de multiplier leurs moyens d'occupation; car c'est ainsi qu'on échappe à l'ennui , la plus cruelle maladie de l'homme en société ; c'est ainsi qu'on se préserve des écueils du vice, et même des séductions bien plus à craindre que lui.
Je ne ferai point de ma Bile une virtuose ; je me souviendrai que ma mère avait peur que je devinsse grande musicienne, ou que je me consacrasse uniquement à la peinture , parce qu'elle voulait, par-dessus tout, que j'aimasse les devoirs de mon sexe , et que je fusse femme de ménage , comme mère de famille. Il faut que mon Eudora s'accompagne agréablement sur la harpe, ou se joue légèrement sur le forte-piano; qu'elle sache du dessin ce qu'il en est besoin pour contempler avec plus de plaisir les chefs-d'œuvre des grands maîtres , pour tracer ou imiter une fleur qui lui plaît, et mêler, à tout ce qui fait sa parure, le goût et l'élégance de la simplicité ; je veux que ses talens ordinaires n'inspirent pas aux autres plus d'admiration qu'à elle de vanité ; je veux qu'elle plaise par l'ensemble , sans étonner jamais au premier coup-d'ceil, et qu'elle sache mieux attacher par des qualités , que briller par des agrémens. Mais, bon dieu! je suis
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prisonnière, et elle vit loin de moi! je n'ose même pas la faire venir pour recevoir mes embrassemens ; la haine poursuit jusqu'aux enfans de ceux que la tyrannie persécute , et le mien paraît à peine dans les rues, avec ses onze ans, sa figure virginale et ses beaux cheveux blonds, que ces êtres apostés pour le mensonge ou séduits par lui, la font remarquer comme le rejeton d'un conspirateur. Les cruels ! comme ils savent bien déchirer un cœur de
mère !
L'aurais- je fait venir avec moi? Je n'ai pas encore dit comment on est à Sainte-Pélagie.
Le corps -de -logis destiné pour les femmes est divisé en longs corridors fort étroits , de l'un des cotés desquels sont de petites cellules telles que j'ai décrite celle où je fus logée ; c'est là que , sous le même toit, sur la même ligne, séparée par un plâtrage, j'habite avec des filles perdues et des assassins. A côté de moi, est une de ces créatures qui font métier de séduire la jeunesse et de vendre l'innocence; au-dessus, est une femme qui a fabriqué de faux assignats, et déchiré , sur une grande route, un individu de son sexe , avec les monstres dans la bande desquels elle est enrôlée ; chaque cellule esl fermée par un gros verrou à clef, qu'un homme vient ouvrir, tous les matins, en regardant effrontément si vous êtes debout ou couchée ; alors leurs habitantes se réunissent dans les corridors, sur les escaliers, dans une petite cour, ou dans une salle
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humide et puante, digne réceptacle de cette écume du monde.
On juge bien que je gardais constamment ma cellule; mais les distances ne sont pas assez considérables pour sauver les oreilles des propos qu'on peut supposer à de telles femmes, sans qu'il soit possible de les imaginer pour quiconque ne les a jamais entendus.
Ce n'est pas tout ; le corps-de-logis où sont placés les hommes , a des fenêtres en face et trèsprès du bâtiment qu'habitent les femmes ; la conversation s'établit entre les individus analogues ; elle est d'autant plus débordée , que ceux qui la tiennent ne sont susceptibles d'aucune crainte; les gestes suppléent aux actions, et les fenêtres servent de théâtre aux scènes les plus honteuses d'un infâme libertinage.
Voilà donc le séjour qui était réservé à la digne épouse d'un homme de bien! Si c'est la le prix de la vertu sur la terre, qu'on ne s'étonne donc plus de mon mépris pour la vie , et de la résolution avec laquelle je saurais affronter la mort. Jamais elle ne m'avait paru redoutable ; mais aujourd'hui je lui trouve des charmes : je l'aurais embrassée avec transport, si ma fille ne m'invitait à ne point l'abandonner encore; si ma disparition volontaire ne prêtait des armes à la calomnie , contre un mari dont je soutiendrais la gloire, si l'on osait me traduire devant un tribunal.
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Dans les derniers temps du ministère de Roland , les conjurations et les menaces s'étaient tellement multipliées, que souvent nos amis nous pressèrent d'abandonner l'hôtel durant la nuit. Deux ou trois fois nous cédâmes à leurs instances ; mais ce déplacement m'ennuya : j'observai qu'il y avait moins de danger à rester qu'à sortir , parce que l'audace se porterait difficilement à violer l'asile d'un fonctionnaire public, tandis qu'elle pouvait le guetter et l'immoler au dehors; et qu'enfin, si le malheur devait arriver, il valait mieux, pour l'utilité publique et pour sa gloire personnelle , que le ministre pérît à son poste.
En conséquence, nous ne découchâmes plus ; je fis apporter le lit de mon mari dans ma chambre, pour que nous courussions les mêmes hasards; je gardai , sous mon chevet ou sur ma table de nuit , un pistolet dont je me proposais de me servir, non pour une vaine défense, mais pour me soustraire aux outrages des assassins, si je les voyais arriver. J'ai passé trois semaines dans cette situation ; il est très-vrai que , deux fois , l'hôtel fut environné ; qu'une autre fois , les Marseillais, informés de quelque projet , envoyèrent quatre-vingts des leurs pour nous garder; il est très-vrai que Jacobins, Cordeliers , ne cessaient de répéter, dans leur tribune, qu'il fallait faire un 10 août contre Roland , comme on avait fait contre Louis XVI ; mais c'est parce qu'ils le disaient , qu'on pouvait présumer qu'ils
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n'étaient point près de le faire. La mort que je bravais gaiement alors , ne pouvait que me paraître désirable à Sainte-Pélagie, si des considérations puissantes ne m'eussent enchaînée sur la terre.
Mes gardiens ne tardèrent pas à souffrir plus que moi-même de ma situation , et à s'inquiéter pour l'adoucir; les excessives chaleurs du mois de juillet rendaient ma cellule inhabitable. Les papiers, dont j'environnais les grilles , n'empêchaient pas le soleil de frapper les murs blanchis et resserrés ; et quoique les fenêtres demeurassent ouvertes dans la nuit , l'air brûlant et concentré du jour ne s'y rafraîchissait jamais. La femme du concierge m'invita à passer les journées dans son appartement , et j'acceptai ses offres pour l'après-midi ; ce fut alors que j'imaginai de faire venir un forte-piano , que je plaçai chez* elle , et dont je m'amusai quelquefois. Mais combien ma situation morale souffritelle de modifications dans cet intervalle ! Le mouvement de quelques départemens semblait annoncer la juste indignation dont ils étaient pénétrés pour l'outrage fait à leurs députés , et la résolution d'en tirer vengeance , par le rétablissement de la représentation nationale dans son intégrité.
Je savais Roland dans une retraite paisible et sûre, recevant les consolations et les soins de l'amitié ; ma fille , accueillie par de vénérables patriarches , suivait , sous leurs yeux et avec leurs enfans , ses exercices et son éducation ; mes amis , les fugitifs ,
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reçus à Caen (i), y étaient environnés dune force respectable : je voyais le salut de la république se préparer dans les événemens ; résignée sur mon propre sort y j'étais encore heureuse. Le bonheur tient bien moins aux choses extérieures qu a la disposition de l'esprit et aux affections de l'ame. J'employais mon temps d'une manière utile et agréable ; je voyais quelquefois les quatre personnes qui venaient me visiter à l'Abbaye : 1 honnête Grandpré , que sa place autorisait à venir , et qui m'amenait une femme intéressante ; le fidèle Bosc (2) y qui m'apportait des fleurs du Jardin des Plantes , dont les formes aimables , les couleurs brillantes et les
(1) Les espérances que concevait madame Roland furent bientôt de'truites. Des représentans mis en arrestation après la journée du 1 juin, plusieurs étaient parvenus à s'échapper. Ils espéraient soulever les départemens en leur faveur : Caen s'était prononcé pour eux , Marseille rassemblait une armée ; mais l'activité de leurs ennemis , la fortune ou la trahison déjouèrent leurs projets. Errans, mis hors de la loi, la plupart périrent sur l'échafaud ou dans les horreurs de la proscription.
(Note des nouveaux éditeurs.)
(2) Madame Roland avait, avec succès , cultivé la botanique; son goût pour les fleurs lui rendait cette étude agréable et facile. C'était dans l'école du Jardin des Plantes que l'ami courageux dont elle parle dans ce passage , l'avait vue pour la première fois. Les fleurs que lui portait M. Bosc, dans sa prison, étaient des plantes étrangères qu'elle étudiait ou dessinait de préférence.
{Idem.)
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parfums embellissaient mon austère réduit; le sensible Champagneux , qui m'engageait si vivement à prendre la plume , pour continuer les Notices historiques que j'avais commencées , ce que je fis à sa prière , abandonnant y pour quelque temps , mon Tacite et mon Plutarque , dont je nourrissais mes après-diners.
Ce n'était point assez pour madame Bouchaud de m'avoir offert l'usage de son appartement; elle sentait que j'en usais avec une grande discrétion; elle imagina de me sortir de ma triste cellule , et de me loger dans une jolie chambre à cheminée, située au rez-de-chaussée , au-dessous de sa propre chambre. Me voilà donc délivrée de l'affreux entourage qui faisait mon tourment , après trois semaines de résidence ; je n'aurai plus à passer, deux fois le jour , au milieu des femmes de mon voisinage, pour m éloigner d'elles durant quelque temps; je ne verrai plus le porte-clefs , à sinistre figure , ouvrir ma porte chaque matin, et tirer le gros verrou sur moi , comme sur une criminelle qu'il faut sévèrement garder. C'est la douce physionomie de madame Bouchaud qui se présente à moi ; c'est elle dont je sens à chaque minute les sqins délicats ; il n'est pas jusqu'au jasmin apporté devant ma fenêtre , dont on garnit les grilles de ses branches flexibles , qui n'atteste le désir dont elle est pénétrée ; je me regarde comme sa pensionnaire , et j'oublie ma captivité. Tous mes objets d'étude ou d'amusement sont réunis autour de moi; mon forte-
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piano est près de mon lit ; des armoires me donnent la faculté d'ordonner mes petits effets de manière à faire régner , dans mon asile , la propreté qui me plaît — Mais l'or, le mensonge , l'intrigue et les armes sont employés contre les départemens qui recevaient le jour de la vérité ; des soldats , séduits ou payés , trahissent les braves Normands ; Evreux est évacué ; Caen abandonne les députés qu'il avait accueillis ; les brigands dominateurs , dans ce qu'on ose appeler encore une Convention, les font déclarer traîtres à la patrie ; on met leurs personnes hors de la loi ; on confisque leurs biens; on se saisit de leurs femmes et de leurs enfans ; on fait raser leurs rnaisons ; on décrète d'accusation , sar.S pouvoir dire pourquoi , les députés qui ont bien voulu demeurer dans les liens de l'arrestation : c'est le triomphe audacieux du crime contre la vertu malheureuse. Cette lâcheté, qui fait le caractère de 1 egoïsme et de la corruption chez un peuple avili , que nous crûmes pouvoir régénérer par les lumières , et qui était trop abruti par ses vices, livre à la terreur des administrateurs perfides et une foule ignorante. Partout l'idée de la paix, le désir d'un repos , toujours illusoire quand il n'est point mérité , fait accepter une constitution monstrueuse par ses défauts, et qui, eût-elle été meilleure, ne devait pas être reçue des mains indignes qui osèrent la présenter ; là , où quelque résistance pouvait s'élever, la corruption l'étouffé , les deniers de la nation sont prodigués pour assurer les succès de
ses oppresseurs. Dans son imbëcille stupeur, une majorité , sans logique, regarde le sacrifice de quelques individus comme un faible malheur; elle croit établir pour elle justice , paix et sûreté , en les laissant impunément violer à l'égard de ceux qui la représentent , et elle prend , pour signe de salut , le gage de son asservissement. Cependant un joug de fer s'appesantit sur les faibles Parisiens , témoins pusillanimes d'horreurs dont ils gémissent, sans oser même les faire connaître ; la disette les menace , la misère les ronge , l'oppression les accable ; le règne des proscriptions est ouvert , les dénonciations pieuvent de toutes parts , et les arrestations se multiplient. Partout un infâme salaire attend celui qui peut offrir une victime ; les portiers des maisons , secrètement gagés, deviennent les premiers délateurs , et les domestiques ne sont plus que des espions.
Une femme étonnante , ne consultant que son courage , est venue donner la mort à l'apôtre du meurtre et du brigandage ; elle mérite l'admiration de l'univers : mais faute de bien connaître l'état des choses, elle a mal choisi son temps et sa victime. 11 était un plus grand coupable que sa main aurait dû immoler de préférence ; la mort de Marat n'a fait que servir ses abominables sectateurs ; ils ont transformé en martyr celui qu'ils avaient pris pour un prophète; le fanatisme et la friponnerie, toujours d'accord, ont tiré de cet événement un avantage comparable à celui que leur avait déjà pro-
curé l'assassinat de Lepelletier (i). Certes! il a\an été trop funeste , pour que les députés fugitifs, très-étrangers à l'action de Paris , ne le fussent pas également à celle de Corday ; mais leurs adversaires saisirent un nouveau moyen de les noircir dans l'esprit du peuple. Les plus francs républicains, les seuls hommes de l'Assemblée qui réunissent , au courage de l'austère probité , l'autorité du talent et des lumières , furent présentés comme des fauteurs du despotisme et de vils conspirateurs. Tantôt on les suppose d'accord avec les rebelles de la Vendée; on fait trouver sur les sabres des guerriers qui avaient voulu les servir , l'inscription : Vive Louis XVII ; tantôt on les accuse de travailler à partager la France en petites républiques , et on les fait maudire comme fédéralistes : c'est avec la même justesse que l'on met Brissot à la solde de l'Angleterre, et que, dans un rapport envoyé à tous les départemens , on dépeint gravement sa femme retirée dans les appartemens de la reine, à Saint- Gloud , et tenant des conciliabules politiques.
Rien n'est si plaisant pour qui connaît la femme de Brissot, adonnée aux vertus domestiques, absorbée par les soins du ménage , repassant ellemême les chemises de son mari , et regardant à
(i) Lepelletier de St.-Fargeau, l'un des juges de Louis XVI, assassiné la veille du 21 janvier, chez un restaurateur du Valais-Roy al.
Pendant long-temps la Montagne s'efforça d'associer Pel-
travers le trou de sa serrure , pour savoir si elle doit ouvrir à ceux qui frappent ; prenant à loyer une petite vilaine chambre au village de Saint- Cloud , pour avoir la facilité de promener au grand air l'enfant quelle vient de sevrer : mais bientôt elle est saisie, amenée à Paris et gardée à vue. La femme de Pétion, qui allait dans sa famille laisser passer le temps des orages , est arrêtée avec son fils. Miranda, qu'avait acquitté le tribunal révolutionnaire, est de nouveau traduit en prison comme suspect, sur les dénonciations de son valet, espion de Pache : tous les généraux sont mis en arrestation ; Custine , dont j'ai ouï dire aux princes de Linange qu'il était le plus redouté d'entre eux par les Autrichiens, est menacé de perdre la tête. La désorganisation s'étend sur toute la face de la France , et la guerre civile s'allume çà et là. L'acceptation de la
letier de Saint-Fargeau et Marat : sur tous les points de la France on leur élevait des tombeaux , on prononçait des discours , on célébrait des ietes en leur honneur. Comme il entre dans le plan de notre ouvrage de rassembler, pour la génération présente, tout ce qui peut lui donner une idée des mœurs, des cérémonies et du langage de ce temps, nous avons cherché , parmi plus de quarante petites Pièces , toutes relatives à l'apothéose de Marat, la plus curieuse à conserver. Nous nous sommes décidés à publier, quant à présent , celle qu'on trouvera dans les E clair -cissemens historiques (N), parce qu'elle contient, outre des discours et des chansons , le procès - verbal de la fête célébrée par la Société des sans-culottes de Bourg- Régénéré , lors de l'inauguration du buste de Marat (Note des nouv. édit.) il. to
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constitution ne peut valoir à Lyon l'oubli de la justice que cette ville a ose faire , de deux ou trois brigands maratistes : on veut quelle livre les têtes de ses plus riches habitans , et une somme considérable -, on rappelle les troupes des frontières , qu'on expose aux ravages de l'ennemi , pour exciter des frères les uns contre les autres, et faire répandre le sang français par des Français mêmes : la fîère Marseille envoie des secours aux Lyonnais. Cependant l'ennemi s'avance au Word ; Valenciennes n'existe plus, Cambrai est bloqué; les voltigeurs autrichiens paraissent jusqu'aux environs de Péronne. Paris, comme une autre Babylone, voit son peuple abruti courir à des fêtes ridicules , ou se rassasier des supplices dune foule de malheureux sacrifiés à sa féroce défiance ; tandis que les égoïstes remplissent encore les théâtres ; que le timide bourgeois se ferme tremblant chez lui , où il n'est pas assuré de se coucher , s il plaît à son voisin d' aller dire qu'il a tenu des propos inciviques, blâmé la journée du 2 juin , pleuré sur les victimes d'Orléans , envoyées à mort , sans preuves de la prétendue intention d'un assassinat qui n'a pas été commis, dans la personne de l'infâme Bourdon (i). O mon pays !
(i) Une rixe s'éleva dans Orléans , au sujet du représentant Léonard Bourdon qui s'y trouvait en mission. On présenta cette rixe comme le résultat d'un complot formé contre sa vie. À l'instant on désarma la garde nationale d'Orléans ; les fonctionnaires publics furent amenés à la barre de la
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dans quelles mains es-tu tombé ! Chabot et ses pareils annoncent que Roland est à Lyon, attestent qu'il soulève cette ville , veulent le décréter d'accusation, et moi avec lui; et, dans le même temps, ils font fouiller les caves de l'Observatoire ; ils font investir la maison d'un de ses amis, où ils supposent qu'il peut être caché.
Tous mes amis sont proscrits, fugitifs ou arrêtés : mon mari ne se dérobe à la fureur de ses adversaires , que par une retraite comparable à la plus dure détention; il fallait encore que le petit nombre de ceux qui viennent me consoler subissent la persécution. Grandpré, dînant avec un homme qu'il ne savait pas être juge de paix, ni du tribunal d'arrondissement, gémit sur la négligence de ces oiïiciers qui laissent, dans les prisons, tant de personnes en souffrance : le quidam se découvre alors, affecte le plus grand empressement de connaître les abus à la réparation desquels il peut concourir ; demande à Grandpré son nom , son adresse , pour aller chez lui le prendre lorsqu'il ira visiter les prisons. C'était un prétexte : le juge de paix court au comité de sûreté générale , fabrique une atroce dé-
Convention, et les citoyens déclares rebelles tant qu'ils n'auraient pas livré les auteurs des troubles. Quelque temps après, un grand nombre d'Orle'anais furent exécutés à Paris, au moment même où leurs parens et leurs amis s'efforçaient; inutilement de pénétrer dans la Convention pour implorer leur grâce. (Noie des nouveaux éditeurs.)
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nonciation contre Grandpré , qu'il accuse de complicité de la mort de Marat. On croit être au temps de Tibère; c'est également le règne des délateurs. Grandpré est arrêté par quatre fusiliers et un officier public , qui se rendent chez lui a cinq heures du matin , fouillent ses papiers et apposent les scellés, il était alors muni dune lettre que j'adressais au malheureux Brissot; quel crime on peut faire , à moi , de l'avoir écrite ; à lui , d'en être le porteur ! Il la dérobe adroitement aux recherches ; ce n'est qu'avec de pénibles discussions qu'il obtient d'être gardé à son bureau , sans aller coucher à l'Abbaye ; et après plusieurs jours, que l'on parvient à démontrer la fausseté de la dénonciation dont il est l'objet.
Champagneux n'est pas encore aussi heureux ; au crime d'avoir été placé par Roland , il joint celui d'occuper une place intéressante. Collotd'Herbois s'était rendu ivre chez le -ministre de l'Intérieur, entre quatre et cinq heures, au moment où tous les gens de travail viennent de quitter leurs bureaux pour chercher à dîner ; il allait demander des voitures , dont ce ministre ne dispose pas : furieux de ne point trouver Garât , il jure , fulmine , rompt des pieds de chaise et de table (i) , va chez le premier commis Champagneux, l'injurie, fait ouvrir les paquets disposés pour être envoyés à
(i)Ces faits peuvent paraître exagérés; ils ne sont qu'exacts, je les tiens d'un témoin non suspect.
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la poste, trouve mauvais ce qu'ils renferment; c'était une espèce de Mémoire , en forme de questions , destiné à se procurer des lumières sur l'état des campagnes : il arrange, dans sa tête enflammée, une dénonciation qu'il fait le lendemain à l'Assemblée, et sur laquelle on décrète que Garât et Champagneux seront traduits à la barre de la Convention. Garât vient à la barre, ne se plaint point de Collot , explique doucement sa conduite, flagorne l'auguste assistance , et est renvoyé à ses fonctions : Champagneux , d'abord effrayé , caché , vient pourtant se présenter; on le renvoie au comité , et le comité le fait conduire prisonnier à la Force (i).
(i) Le député Clootz eut beaucoup de part à mon arrestation. Porteur du décret qui me renvoyait au comité de sûreté générale , pour m'entendre et faire un rapport, je m'étais rendu dans le local où il tient ses séances ; je ne pus être admis dans la salle d'assemblée. Pendant, que j'étais à attendre, passe Clootz , que j'avais vu souvent chez le député Lamourette, ou il dînait invariablement un jour de chaque semaine. Il me demande les motifs de ma visite au comité ; je ne lui en fais pas mystère : il m'offre ses bons offices pour remettre le décret, et faire régler le moment où je serais entendu ; j'accepte, et il me promet une prompte réponse. Elle tarda cependant trop pour ne pas m'inspirer quelques soupçons. Après une demi-heure , je vois sortir Clootz du comité: « Et mon affaire? — Dans un moment; » et il court sans me dire autre chose. Un demi-quart-d'heure après , je suis entouré de gendarmes qui se disent porteurs d'un ordre du comité, pour me transférer à la Force. Je ne mis plus de doute alors, que Clootz fût le provocateur de cet ordre. Tl
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Garât sollicite, intéressé pour lui-même a la liberté de Champagneux , dont il ne peut se passer , se rend au comité pour l'obtenir; il explique inutilement que sans le travail de cet homme , versé dans les affaires , il lui est impossible de rester au ministère : ses amis , comme Barrère , si de tels gens sont amis , lui font d'abord espérer qu'en donnant une démission combinée , on lui rendra Cliampagneux pour le faire rester : mais les autres s'expliquent enfin plus clairement. 11 faut nommer à la place de Champagneux ; sa liberté, sa vie , sont à ce prix ; il faut y nommer une créature du comité , jeune homme de vingt-six ans , qui n'a nulle expérience des affaires, aucune espèce de savoir, mais que le comité protège ; Garât, qui ne refusa jamais rien à ses maîtres , nomme et se retire ensuite , abandonnant enfin le ministère qu'il ne lui est pas possible de remplir (i). Mais Champagneux
se rappela le mépris qu'il avait inspiré chez Roland , et Fexclusion de la table de ce ministre, dont ce mépris avait été la suite : il trouva doux de s'en venger sur sou ami ; il plaida donc mon arrestation, l'obtint, et alla lui-même chercher des gendarmes pour la mettre à exécution. M. C.
(i) On nomma, à sa place, Paré, autrefois maître-clerc de Danton , qui l'avait fait nommer secrétaire du Conseil au départ de Grouvelle ; et l'ex-ministre Garât , content de pouvoir opérer un échange, qui, le délivrant d'une place de responsable, lui en offre encore une de vingt mille livres d'appoinlemcns, devient secrétaire du Conseil. Il n'est pas hors de propos de remarquer que Desforgues, ministre des affaires étrangères , est aussi un ancien clerc de Danton.
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n'est pas libre , et la quatrième semaine de sa détention s'est déjà écoulée. Au moment où il fut menacé de l'arrestation , car Collot la lui avait annoncée comme un acte qui allait suivre sa volonté , Champagneux avait chez lui presque toutes mes Notices historiques , dont il voulait avoir une copie, pour en assurer l'existence par un double exemplaire ; inquiet , agité , jugeant bien que les principes qui les ont dictés , que la liberté avec laquelle elles sont écrites, sont des titres à un supplice certain , il les brûle. Et voilà les régisseurs de l'Empire ! Un Collot , comédien de profession , à coté duquel siège un juge des départemens méridionaux , qui naguère le condamna à un an de prison , pour mi° vilaine action commise lorsqu'il courait les tréteaux , et pour laquelle plusieurs juges avaient opiné aux galères ! — Une grande force de poumons, le jeu d'un farceur, 1 intrigue d'un fripon, les écarts d'une mauvaise tête et l'effronterie de l'ignorance , tels furent ses moyens de succès dans les clubs , particulièrement aux Jacobins, qui osèrent bien parler de lui lors de la formation du ministère patriote, sous le règne de Louis XVI.
Collot se crut frustré en voyant appeler Roland à l'Intérieur, où il avait porté ses vues; Roland lui parut un ennemi d'autant plus haïssable , qu'il n'en était point remarqué : dès -lors , sa puissance clubiste fut dirigée contre lui , et cette disposition , jointe à ses autres qualités relatives, lui valut d'être porté à la Convention dans la députation de Pains.
Champagneux, détenu, regrette moins encore sa liberté que le plaisir d'adoucir quelquefois ma captivité , et je souffre de la sienne qu'il doit à ses rapports avec Roland et moi ; j'invite Bosc , qui déjà a donné sa démission de la place d'administrateur des postes , de ne pas courir les risques de la détention , en me faisant des visites , et je le vois une fois la semaine , pour ainsi dire à la dérobée. Au milieu de ces douleurs, on se repose pourtant, avec moi, dans la jolie chambre où la sensible madame Bouchaud ma soustraite à toutes les apparences de la prison; j'y ai bien le petit désagrément d'un gendarme , dont le poste est précisément vis-à-vis de ma fenêtre , de laquelle il faut que je tienne toujours les rideaux fermés , et qui vient quelquefois auprès, pour écouter ce qui se dit lorsque je ne suis pas seule ; j'y ai l'ennui de l'affreux aboiement de trois gros chiens, dont la loge est à dix pas; je suis aussi à côté dune grande pièce , qui s'appelle fastueusement la salle du conseil, et dans laquelle se tiennent les administrateurs de police quand ils viennent faire quelque interrogatoire. Je dois à ce voisinage la connaissance de scènes étranges dont je vais dire un mot. Deux hommes, dont j'ai su les noms , mais que j'ai oubliés ou que je ne cite pas , parce que ceux de tels gredins ne méritent point d'être consignés , avaient été faits prisonniers pour malversations dans l'administration de l'habillement des troupes , dans laquelle ils sont employés ; ils avaient pour amis , ou complices ,
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des gens de leur sorte qui venaient les visiter , et ces gens étaient précisément des administrateurs de police. Dans cette qualité , ceux-ci , chargés de maintenir l'ordre dans les prisons > de surveiller les concierges, etc. , venaient à Sainte -Pélagie, une ou deux fois la semaine , avec d'autres amis comme eux , au nombre de dix à douze , quelquefois davantage , faisaient venir dans la salle du conseil les deux prisonniers chéris , et là , demandant au concierge , chapons , poulets , œufs , vin , Hqueurs , café, etc., les mangeaient à ses dépens, et s'établissaient en orgies permanentes durant quatre ou cinq heures. On n'imaginera jamais , et certes, je n'entreprendrai pas de rendre la joie brutale , la grossièreté des propos , l'infamie de ces festins. Le mot de patriotisme , appliqué bêtement et répété avec emphase , à l'occasion de l'échafaud où il convient d'envoyer les gens suspects , et cette dénomination appliquée à toute personne qui a reçu de l'éducation, ou qui possède une fortune non récemment volée ; les baisers dégoûtans de ces bouches pleines de vin , s'appliquant avec bruit sur le visage des arrivans , et répétant ce concert au moment du départ, les sales plaisanteries d'hommes sans mœurs et sans honte , le fol orgueil d'imbéciles atroces , qui ne rêvent que dénonciations , et mettent toute leur science à incarcérer les gens de bien .
Platon avait bien raison de comparer la démocratie à un encan de gouvernement , une sorte de
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foire, où l'on trouve mêlées toutes les espèces de gouvernement possible. Mais comment faut-il caractériser celui où des hommes , tels que ceux-ci , disposent de la liberté de leurs concitoyens? Lorsque l'aimable compagnie arrivait , Bouchaud ou sa femme avaient grand soin de retirer la clef de ma porte et de me prévenir. J'avais enfin pris mon parti: je fermais les oreilles au tapage; je trouvais même plaisant de continuer alors mes Notices , et j'en avais écrit quelques tirades vigoureuses sous les yeux , pour ainsi dire , des misérables qui m'auraient massacrée s'ils en eussent entendu une phrase. Le 10 août arriva; on craignait, pour les prisons, la répétition du i septembre ; les administrateurs vinrent à bout de faire sortir les coquins de leur connaissance, et il n'y eut plus de banquets civiques. Je donnerais, si je pouvais me résoudre à remuer ce fumier, des détails bien étonnans et bien tristes sur les abus qui régnent dans les prisons : on verrait le crime des malheureux qu'on y renferme , se ménager des complices dans presque tous les valets et les gens d'affaires qui y tiennent ; les filles de joie, coupables de quelque grand délit, obtenir leur liberté sans jugement , et par le soin de l'administrateur qui va coucher avec elles le jour de la sortie ; les assassins assez riches pour payer , du fruit de leurs vols , un défenseur officieux , l'intéresser de manière à ce qu'il anéantisse les pièces de conviction, procure l'impunité; les voleurs de profession conserver leurs intrigues , communiquer
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entre eux et au-dehors , et dérober encore du fond de la prison , en partageant avec un serviteur du lieu, ou le gendarme qui paraît les garder. Tout se corrompt ou achève de se gâter dans ces lieux infects , sous une administration vicieuse , qui ne veut que détruire, ne s'inquiète pas de corriger , et n'agit que par passion. Sensible et généreux Howard , qui parcourûtes l'Europe entière pour visiter ces sombres réduits, où la sagesse d'un gouvernement équitable ne doit jamais plonger l'innocence , et sait encore distinguer la faiblesse du crime ; combien vous aurez gémi si vous avez entièrement connu le régime des prisons de ce peuple, qui passait alors pour le plus doux de la terre! Point de distinction d'aucune espèce entre la jeunesse étourdie et le crime consommé : j'ai vu fermer dans une même chambre , un étudiant en botanique, qui avait dit du mal de Marat, avec des voleurs de grand chemin. Point de respect pour les mœurs : j'ai vu tenir dans la même cellule, une fille de quatorze ans, que ses parens réclamaient , avec la femme qui venait de l'enlever, et qu'on avait arrêtée pour ce délit. Point de ménagement pour la décence, de soins pour la salubrité dans l'ordre des constructions ou l'usage du local. On bâtit actuellement à Sainte-Pélagie , sur un terrain immense : un architecte à petites vues, sans ame , fait des dispositions sans raisonnement; et personne, dans les administrations supérieures, n'a l'intelligence ou la volonté de rectifier ses plans.
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Je dois rendre justice au concierge actuel; il fait ce qu'il peut dans les détails ; mais rien ne saurait anéantir les résultats dune mauvaise organisation. Il faut, ou des maisons distinctes, réservées, les unes pour les criminels , les autres pour les détenus suspects ou soupçonnés, ou des corps-de-logis très -séparés, et enfin nulle communication entre les deux sexes. Mais ce n'est pas ici le lieu d'un traité sur cette matière ; je me borne à gémir sur la destinée d'un peuple à la liberté duquel il n'est plus permis de croire , quand on a entrevu la profondeur de sa corruption.
Lorsque j'étais arrivée à Sainte -Pélagie , on m'avait donné une femme prisonnière pour de petites choses, et dont les soins pouvaient être utiles à ma faiblesse , comme je savais les rendre utiles à sa misère. Ce n'est pas que je ne susse fort bien me servir moi-même : tout sied bien au généreux courage , a-t-on dit à l'égard de Favonius rendant à Pompée malheureux les services que les valets ont coutume de rendre à leurs maîtres ; cela n'est pas moins vrai pour l'infortuné , dénué de moyens, et suffisant à ses besoins , ou pour l'austère philosophie dédaignant toute superfluité . Quintius faisait cuire ses raves en recevant les ambassadeurs des Samnites; j'aurais bien fait mon lit dans la cellule de Sainte-Pélagie ; mais il faut traverser de longs espaces, et aller se mêler avec leurs diverses habitantes, pour aller chercher de l'eau ou autre chose semblable , et je trouvai très-bon d'avoir une per-
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sonne que je pusse obliger en lui donnant de telles commissions. Elle continuait de les faire dans la chambre où l'on m'avait logée , et elle y entrait un matin, à l'instant où un administrateur arrivait dans la salle du conseil : il demande qui loge là ; il veut visiter le local ; il entre , jette un coupd'oeil irrite' , sort , et se plaint à la femme du concierge de l'espèce de douceur qu'elle m'a procurée. « Madame Roland était incommodée (c'était vrai); je l'ai mise plus à portée de recevoir des soins ; d'ailleurs , elle s'amuse quelquefois à un fortepiano, qui ne pourrait tenir dans une cellule. — Elle s'en passera : faites-la remonter dès aujourd'hui dans un corridor ; vous devez maintenir l'égalité. »
Bourreau! et c'est pour cela que tu veux me confondre avec des femmes perdues? Madame Bouchaud , plus triste qu'on ne saurait exprimer , vint bientôt me faire part de l'ordre qui lui était intimé ; je la consolai , en lui montrant beaucoup de calme et de résignation pour m'y conformer. Il fut convenu que je descendrais dans le courant de la journée , pour changer et retrouver mes objets d'étude , que je laisserais au même lieu. Me voilà donc condamnée à revoir les guichetiers, à entendre lesverroux, à respirer l'air fétide d'un corridor tristement éclairé, le soir, par une lampe, dont l'épaisse fumée noircit tous les murs et suffoque le voisinage. Voilà les actes humains, les signes de liberté de ces hommes qui font rappeler,
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sur les pierres de la Bastille, la dureté de ce gouverneur écrasant l'araiguée de Lauzun , et qui donnent , au Champ-de-Mars , l'essor à des oiseaux porteurs de banderolles , pour annoncer aux habitans des sublimes régions la félicité de la terre ! Insolens comédiens ! votre rôle s'avance ; l'ennemi est là ; ce sont les départemens qui assurent le triomphe de la raison et de la vraie liberté, et préparent votre ruine.
La mienne ne peut manquer sans doute ; j'ai mérité la haine de tous les tyrans; mais je ne regrette que celle de mon pays, que votre châtiment consolera sans le sauver.
Au reste , les suites de l'oppression ont meublé le corridor que j'habite, de femmes près desquelles je puis me trouver sans honte et même avec plaisir. J'y trouve celle d'un juge de paix à qui sa voisine a prêté des propos dits inciviques; j'y rencontre celle du président du tribunal révolutionnaire; j'y vois madame Pétion. « Je ne croyais guère, lui dis- je en l'abordant, lorsque je fus à la mairie, le 10 août 1792, partager vos inquiétudes , que nous ferions l'anniversaire à Sainte- Pélagie, et que la chute du trône préparât notre disgrâce. »
ET