XVIII NOTICE
que, un ouvrage de philosophie, Clairault, Bayle et Saim- Auguslin. Une tête moins bien organisée que la sienne n'eût rapporté , de pareilles lectures , que le zèle crédule d'une dévotion ascétique , ou le doute d'une philosophie désolante. Elle évita ces deux excès : mais un autre ouvrage avait déjà décidé pour jamais de ses goûts, de ses opinions , de sa vie entière. L'enfant qui , à huit ans , malgré sa piété fervente , portait à l'église les Vies des hommes illustres de Plutarque , au lieu de son livre de messe ; la jeune personne qui pleurait à quatorze ans de n'être pas Spartiate ou Romaine , ne semblait appartenir ni à son temps ni à son pays. La Grèce et l'Italie étaient sans cesse présentes à sa pensée : elle vivait , pour ainsi dire , au milieu des républiques anciennes } elle admirait la sagesse de leurs lois , la simplicité de leurs mœurs, la force de leurs institutions : son coeur se sentait ému aux seuls mots de gloire , de liberté, de patrie } en parcourant l'histoire des Romains et des Grecs, elle élevait son ame à la contemplation de tout ce qu'il y a de grand dans leurs vertus , de fier et d'héroïque dans leurs actions j elle s'entretenait avec leurs grands hommes, elle assistait à leurs combats , à leurs triomphes , et son imagination, tout occupée des honneurs immortels que décerne la reconnaissance des peuples libres , ne voyait que la gloire de Léonidas et les trophées de Miltiade : elle oubliait l'exil d'Aristide et la mort de Phocion.
Quand elle reportait ses idées et ses regards vers la France , son siècle et son pays n'avaient point à gagner à la comparaison. La monarchie était rapidement déchue: ce n'était plus cet édifice que Louis XIV avait élevé de sa main puissante, avait entouré de tous les prestiges de sa gloire. Ce monarque, qui dans sa sollicitude pour la