‹ Mâemoires du marquis de FerriáeresChapitre 11 sur 165 · SUR MADAME ROLAND. XIX · texte numérisé non relu

SUR MADAME ROLAND. XIX

France , semblait plus occupé du soin de la rendre redoutable , que du plaisir de la rendre heureuse, avait associé du moins sa nation à sa propre grandeur , et s'était fait pardonner ses erreurs en se montrant plus magnanime dans les revers que dans la prospérité. Louis XV ne rappelait de l'administration de son aïeul que les fautes, de son caractère que les faiblesses. Depuis les désordres de la régence, le gouvernement perdait chaque jour de sa force en perdant de sa dignité. La débauche souillait les degrés d'un trône que n'avait point autrefois déparé la galanterie : un ministre inhabile prenait le sceptre des mains d'une courtisane effrontée. Déjà de longs désastres accusaient des choix malheureux : la France regrettait les jours de sa splendeur, et ses écrivains soutenaient seuls une gloire qu'avaient laissé flétrir ses guerriers. Que pouvait espérer la nation sous un roi qui bornait l'existence de la monarchie à la durée de son règne ; avec des ministres qui réduisaient les devoirs de leur place , au soin de flatter le prince , d'intriguer à la cour, d'élever et d'enrichir leur famille? Un Etat est bien près d'éprouver de grands changemens , quand l'amour du bien public est plus vif et plus éclairé dans la nation que dans ceux qui la gouvernent.

Toutefois ou ne pourrait , sans injustice et même sans ingratitude, rabaisser avec excès la forme d'un gouvernement qui, lorsqu'il répara les maux de l'anarchie féodale, semblait d'accord avec l'esprit du siècle , avec les mœurs et le caractère de la nation. Des institutions à l'aide desquelles Louis XIV , dans les premières années de son règne, avait acquis de nouvelles provinces à la France, entouré son territoire d'une triple enceinte de places fortes, élevé des manufactures, encouragé les arts, abaissé l'Àu-

Page 1