‹ Mâemoires du marquis de FerriáeresChapitre 9 sur 165 · SUR MADAME ROLAND. XVII · texte numérisé non relu

SUR MADAME ROLAND. XVII

Ses goûts étaient simples, mais vifs. Des promenades au bord des eaux , sous l'ombrage des bois, étaient ses plaisirs les plus doux ; ils s'accordaient avec les impressions qu'avaient laissées, dans son esprit, la lecture des livres saints et les premiers exercices d'une éducation pieuse ..L'aspect brillant des cieux, le tableau riche et varié de la campagne, fortifiaient sa croyance 5 et plus tard , si quelquefois, dans le silence du cabinet , sa raison ébranlait sa foi, le ravissant spectacle des scènes de la nature lui rendait la ferveur de ses sentimens religieux. Quelle devait être l'ardeur de son. zèle, lorsque, dans sa jeunesse , pressée par les alarmes de sa conscience, elle implorait de sa famille la permission de se réfugier dans un cloître !

La paix de cette retraite vit naître dans son cœur un sentiment nouveau, celui de l'amitié , qui, fut pour elle, dans la suite , l'objet d'un autre culte. Vive et sensible , elle choisit pour compagne une jeune personne d'une humeur égale et d'un esprit réfléchi : avec des caractères différens , elles avaient mômes inclinations, elles éprouvaient même plaisir à se trouver ensemble, Leur séparation n'affaiblit point leur attachement : ce fut dans l'intimité de leur correspondance que madame Roland prit le goût, acquit le talent d'écrire. Qui aurait dit alors que cette petite pensionnaire de couvent, qui avec tout l'abandon , toute la légèreté de son âge , entretenait son amie absente , de ses idées , de ses occupations , de ses amusemens , s'exerçait, par ces confidences souvent frivoles , à donner de hardis conseils aux rois !

Cherchant un but à l'activité de son esprit, un aliment à la tendresse qui remplissait son coeur 5 également avide de connaître, d'aimer et de croire , elle lisait avec la môme attention, un traité d'algèbre, un livre mysti- 1. B

Page 1