‹ Mâemoires du marquis de FerriáeresChapitre 101 sur 165 · DEUXIEME PARTIE. ID · texte numérisé non relu

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m'indisposent, et je juge toujours en mal les personnes qui les manifestent. C'est tout le souvenir qui m'est resté du jeune docteur, que je n'ai pas revu depuis cette époque , et que je ne verrai probablement jamais.

La campagne étant nécessaire à mon parfait rétablissement, nous allâmes respirer son air bienfaisant auprès de M. et de madame Besnard; déjà, depuis deux ans, nous passions chez eux, manière et moi, presque tout septembre. Leur situation avait encore quelque chose de très-propre à nourrir ma philosophie , et à fixer mes méditations sur les vices de l'organisation sociale.

Madame Besnard, dans l'infortune qui lui avait été commune avec ses sœurs, était entrée chez un fermier -général, dont elle régissait la maison; c'était celle du vieil Haudry : là, elle avait épousé un intendant, M. Besnard, avec lequel, retirée depuis long-temps , elle vivait modestement dans la paix et le bonheur.

La fierté , assez déplacée , de madame Phlipon , rappelait quelquefois en ma présence , et dans le secret de la famille, combien ce mariage lui avait déplu; assurément elle avait tort, autant que j'en ai pu juger. M. Besnard avait de l'honnêteté , des moeurs; l'un et Vautre devaient le rendre d'autant plus recommandable , qu'elles étaient plus rares dans son état; aussi les procédés les plus délicats ont caractérisé sa conduite à l'égard de sa femme : il est impossible de porter plus loin la vénération s

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la tendresse , le dévouement ; c'est dans la douceur d'une union parfaite que tous deux prolongent une carrière, où, nouveaux Philémon et Beaucis , ils s'attirent le respect de quiconque peut être témoin de leur simplicité, de leurs vertus : je m'honore de leur appartenir, et je le ferais également, lors même qu'avec leur caractère et leur conduite, M. Besnard eût été laquais.

Le vieil Haudry, artisan de sa fortune, était mort; il avait laissé de grands biens à un fils, qui, né dans l'opulence, devait les dissiper. Ce fils, déjà veuf d'une femme charmante, faisait beaucoup de dépenses, et passait, suivant l'usage des gens riches, quelques momens au château de Soucy, où se transportait avec lui la manière . de vivre de la ville , bien plus qu'il n'y prenait celle qui convient à la campagne. Ses possessions comprenaient plusieurs terres réunies : la plus voisine de Soucy ( Fontenay ) avait un château antique , dans lequel il aimait à mettre des habitans; il y avait logé un notaire, un régisseur, et il engagea M. et madame Besnard à y prendre un appartement , où ils passassent une partie de la belle saison. C'était, bien entendu , pour la conservation des lieux ; et il y gagnait encore un air de magnificence dont il était jaloux. M. et madame Besnard, bien logés, jouissaient de la promenade d'un parc, dont le négligé faisait un aimable contraste avec les jardins de Soucy, et me plaisait encore plus que le luxe qui distinguait le séjour du fermier-général. Lorsque

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nous étions arrivées chez madame Besnard, elle désirait que nous allassions faire une visite à Soucy, où la belle-mère et la belle-sœur d'Haudry se tenaient avec lui, et faisaient les honneurs de sa maison. Cette visite se rendait modestement avant dîner; j'entrais, sans nul plaisir, dans le salon où madame Pénault et sa fille nous recevaient avec une grande politesse, il est vrai, mais qui sentait un peu la supériorité . Le ton de ma mère , le caractère même que je portais, sous l'air d'une timidité qui naît du sentiment de ce que l'on vaut , et du doute d'être appréciée , ne permettaient guère de l'exercer; je recevais des complimens qui me flattaient peu, et que je relevais avec quelque finesse , lorsque certains parasites à croix de Saint-Louis , toujours errans chez l'opulence, comme les ombres sur les bords de l'Achéron , se mêlaient de les renforcer.

Peu de jours après, ces dames ne manquaient pas de nous rendre notre visite , elles étaient Suivies de la compagnie qui se trouvait au château; on faisait un but de promenade de la visite à Fontenay : j'étais alors plus aimable, et je savais mettre, dans ma part de réception , la dose de politesse modeste et digne qui rétablissait l'équilibre. 11 arriva, une fois, à madame Pénault de nous inviter à dîner; je ne fus jamais plus étonnée que d'apprendre que c'était , non pas avec elle, mais à Y office. Je sentais bien que M. Besnard y ayant fait autrefois son rôle, je ne devais pas, par égard

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pour lui , paraître mécontente de m'y trouver; mais je jugeais aussi que madame Pénault devait arranger les choses différemment, et nous épargner cette politesse malhonnête. Ma grand'tante le voyait du même œil; mais pour éviter tout petit choc, nous nous rendîmes à l'invitation. Ce fut un spectacle nouveau pour moi , que celui de ces déités du second ordre; je ne me doutais pas de ce qu'étaient des femmes de chambre , jouant la grandeur. Elles s'étaient préparées pour nous recevoir, et faisaient véritablement bien doublure. Toilette , maintien , petits airs , rien n'était oublié. Les dépouilles encore fraîches de leurs maîtresses, prêtaient à leur parure une richesse que l'honnête bourgeoisie s'interdisait ; la caricature du bon ton y joignait un genre d'élégance aussi étrangère à la modestie bourgeoise qu'au goût des artistes : cependant, le caquet et la tournure en auraient encore imposé à des provinciales. C'était pis chez les Sommes : l'épée de M. le maître , les soins de M. le chef \ les politesses et lesvêtemens brillans des valets de chambre , ne pouvaient racheter la gaucherie des manières, l'embarras du langage, quand ils voulaient le faire paraître distingué, ou la trivialité des expressions , lorsqu'ils oubliaient de s'observer. La conversation fut toute remplie de marquis, de comtes, de financiers, ddnt les titres, la fortune, les alliances paraissaient être la grandeur, la richesse et l'affaire de ceux qui s'en entretenaient. Les superfluités de la première table

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