‹ Mâemoires du marquis de FerriáeresChapitre 103 sur 165 · DEUXIÈME PARTIE. l · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. l

l'hôtel du Contrôle-général, occupé depuis par le ministre de l'intérieur, je trouve, sur mon passage, dans le second antichambre , un grand homme , à cheveux blancs , dun air décent, qui m'aborde avec respect. « Madame , j'espérais parler au ministre lorsqu'il sortirait de table; j'avais à l'entretenir. — Monsieur, vous allez le voir dans l'instant; il a été arrêté dans la pièce précédente, mais il va passer. » Je salue, et je continue mon chemin pour rentrer dans mon appartement. Quelque temps après, Roland y paraît ; je lui demande s'il a vu une personne que je lui dépeins, qui paraissait craindre de ne pas le rencontrer ? « Oui , c'est M. Haudry . — Quoi ï ce ci-devant fermier-général , qui a mangé tant de bien ? — Lui-même . — Et qu'a-t-il à faire avec le ministre de l'intérieur? — Il a des rapports , à cause de la manufacture de Sèvres, à la tête de laquelle il est placé. » Quel jeu de la fortune ! nouveau texte à méditation; j'en avais déjà trouvé un bien grand, lorsque j'entrai, pour la première fois, dans ces appartemens qu'habitait madame Necker aux jours de sa gloire ; je les occupe pour la seconde fois , et ils ne m'attestent que mieux l'instabilité des choses humaines ; mais du moins les revers ne me prendront jamais à l'improviste. J'étais alors au mois d'octobre ; Danton me donnait de la célébrité, en cherchant à diminuer le mérite de mon mari , et il préparait sourdement les calomnies par lesquelles il voulait nous attaquer tous deux. J'ignorais sa marche } mais j'avais vu celle des choses

dans les révolutions; je n'ambitionnais que de conserver mon ame pure , et de voir la gloire de mon mari intacte; je savais bien que ce genre d'ambition mène rarement à d'autres Succès. Mon vœu est rempli : Roland , persécuté , proscrit , ne mourra point dans la postérité ; je suis prisonnière , et je périrai probablement victime ; ma conscience me tient lieu de tout. Il m'arrivera comme à Salomon, qui ne demandait que la sagesse , et qui eut encore d'autres biens ; je ne voulais que la paix des justes : et moi aussi j'aurai quelque existence dans la génération future. Mais , en attendant, retournons à Fontenay. La petite bibliothèque de mes parens m'y fournissait encore quelques ressources ; j'y trouvai tout Puffendorf y probablement ennuyeux dans son Histoire universelle , et plus attachant pour moi dans ses Devoirs de l'homme et du citoyen ; la Maison rustique et divers ouvrages d'agriculture ou d'économie , que j'étudiais faute d'autres , parce qu'il fallait toujours que j'apprisse quelque chose ; les jolies bagatelles qu'a rimées Bernis , lorsqu'il n'était pas affublé de la pourpre romaine ; une Vie de Cronrwell et mille autres bigarrures. J'ai bien envie de faire remarquer que dans cette foule d'ouvrages que le hasard ou les circonstances avaient déjà fait passer dans mes mains, et dont j'indique vaguement ceux que les lieux ou les personnes me rappellent les premiers , il n'y a point encore du Rousseau : c'est qu'effectivement je l'ai lu trèsfard, et bien m'en a pris , il m'eût rendue folle; je

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