‹ Mâemoires du marquis de FerriáeresChapitre 104 sur 165 · DEUXIÈME PARTIE. l · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. l

n'aurais voulu lire que lui ; peut-être encore n'at— il que trop fortifie mon faible, si je puis ainsi parler.

J'ai lieu de présumer que ma mère avait pris quelque soin pour l'écarter; mais son nom ne m'étant pas inconnu, j'avais cherché ses ouvrages, et je n'en connaissais que ses Lettres de la Montagne, et celle à Christophe de Beaumont , lorsque je perdis ma mère , ayant lu alors tout Voltaire et Boulanger, et le marquis d'Argens , et Helvétius , et beaucoup d'autres philosophes et critiques. Probablement mon excellente mère , qui voyait bien qu'il fallait laisser exercer ma tête , ne trouvait pas grand inconvénient que j'étudiasse sérieusement la philosophie , au risque même d'un peu d'incrédulité ; mais elle jugeait sans doute qu'il ne fallait pas entraîner mon cœur sensible trop prêt à se passionner. Ah , mon dieu! que de soins inutiles pour échapper à sa destinée î Le même esprit l'avait dirigée lorsqu'elle avait empêché que je ne m'adonnasse à la peinture; il la fit encore s'opposer à ce que j'étudiasse le clavecin, malgré la plus belle occasion du monde pour cela. Le voisinage nous avait donné la connaissance d'un abbé Jeauket , grand musicien, laid comme le péché, bon homme, ami de la table : il était né aux environs de Prague , avait passé plusieurs années à Vienne , attaché à des grands de la cour , et avait donné quelques leçons à Marie-Antoinette. Conduit à Lisbonne par circonstances , il avait enfin choisi Paris , pour y man-

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