‹ Mâemoires du marquis de FerriáeresChapitre 105 sur 165 · I. IO · texte numérisé non relu

I. IO

î46 MÉMOIRES PARTICULIERS.

ger, dans l'indépendance, les pensions qui faisaient sa petite fortune. Il desirait extrêmement que ma mère lui permît de m'enseigner le clavecin ; il prétendait que mes doigts et ma tête auraient bientôt fait un grand chemin , et que je ne manquerais pas de m'adonner à la composition : « Quel dommage, disait-il , de fredonner sur une guitare avec des moyens d'inventer et d'exécuter de belles choses sur le premier des instrumens ! » Cet enthousiasme, et des instances réitérées jusqu'à la supplication , ne purent vaincre ma mère ; quanta moi, toujours prête à profiter de ce qu'il me serait permis d'apprendre, mais habituée à respecter les décisions de ma mère , comme à chérir sa personne , je ne demandais jamais rien : d'ailleurs , l'étude , en général , m'avait offert un champ si vaste que je ne connaissais point les peines de l'oisiveté. Je me disais souvent : Lorsque je serai mère à mon tour, ce sera le cas de faire usage de ce que j'aurai acquis , je ne pourrai plus étudier ; et je me dépêchais d'employer mon temps , avec crainte d'en perdre une minute. L'abbé Jeauket voyait de loin en loin des personnes de bon genre ; et lorsqu'il les réunissait , il s'empressait de nous y joindre. J'ai uperçu de cette manière , parmi quelques individus qui ne valent pas la peine d'être rappelés , le savant Roussier, l'honnête d'Odimont; mais je n'ai point oublié l'impertinent Paradelle et madame de Puisieux : ce Paradelle était un grand diable , vêtu en abbé , fat et hâbleur plus qu'aucun sot que j'aie

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