DEUXIÈME PARTIE. ï
j'en avais assez dune fois, et l'embrassade d'Imbert, l'éloge de madame Benoît , auraient guéri ma mère de l'envie de m'y conduire davantage. Le concert du baron de Back , très-plaisant , mais parfois aussi très-ennuyeux par les prétentions de ce mélomane , ne nous vit guère non plus , malgré les billets , les liaisons que la politesse de madame Lépine nous faisait souvent offrir. La réserve fut la même à l'égard de celui , très-nombreux, connu sous le nom des amateurs. Nous y fûmes une fois, accompagnées d'un M. Boyard de Creusy , qui s'était amusé à faire une méthode de guitare dont il avait prié ma mère de permettre qu'il m'offrît un exemplaire ; il avait les manières extrêmement honnêtes : je le cite, parce qu'il a eu le bon esprit de penser que dans une situation que le vulgaire regardait encore comme élevée , je verrais avec plaisir les personnes à qui je n'avais pas été inconnue dans ma jeunesse. Il s'est présenté chez moi lorsque j'étais au ministère , et mon accueil a dû lui prouver que j'attachais du prix et de l'agrément au souvenir d'un temps dont je puis m'honorer, comme de toutes les autres époques de ma vie.
Quant aux spectacles, c'était bien pis; manière n'y allait jamais : je fus conduite, une seule fois, de son vivant, à l'Opéra et aux Français; j'avais alors seize ou dix-sept ans. \J Union de V Amour et des Arts, par Floquet, ne me présenta rien, ni dans la musique , ni bien moins encore dans le drame , qui fût capable de me faire illusion , et
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de soutenir l'idée que je m'étais formée d'un spectacle enchanteur : la froideur du sujet , le décousu des scènes, le peu d a-propos des ballets me déplurent; le costume des danseurs me choqua davantage; iis portaient encore des paniers ; je n'ai jamais rien vu de si ridicule : aussi la critique de Piron , des merveilles de 1 Opéra, me paraissait-elle bien supérieure à ce spectacle. Je vis, aux Français, l'Ecossaise y ce n'était pas non plus très-propre à m'enthousiasmer; le jeu de la Dumesnil seul me ravit. 11 prit quelquefois fantaisie à mon père de me faire entrer à certains spectacles de foire ; leur médiocrité me dégoûtait. Je me trouvais donc prémunie contre le ridicule du bel-esprit , précisément comme les enfans de Lacédémone étaient prémunis contre l'ivresse, par le spectacle de ses excès ; et mon imagination ne reçut pas les grands ébranlemens que la séduction des spectacles aurait pu produire , si j'avais assisté à leurs plus belles représentations : ce que j'en avais vu me faisait me contenter de lire , dans le cabinet, les chefsd'œuvre des grands maîtres , et d'en savourer à loisir toutes les beautés.
Un jeune homme, fort assidu aux concerts de madame Lépine , avait imaginé de venir de sa part chez ma mère , s'informer de nos santés , lorsqu'une absence un peu longue pouvait faire supposer qu'elles étaient peut-être altérées. Un ton honnête , une vivacité agréable , de l'esprit , et surtout la rareté des visites , faisaient pardonner cette