‹ Mâemoires du marquis de FerriáeresChapitre 110 sur 165 · DEUXIÈME PARTIE. I · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. I

petite tournure assez adroitement prise pour avoir entrée clans la maison ; et enfin Lablan chérie hasarda sa déclaration. Mais puisque me voici arrivée à l'histoire des prétendans , il faut les faire défiler en masse ; expression mignonne qui pourra servir de date à mon écrit , et rappeler les jours fameux où l'on ordonne tout en masse, en dépit de la plus grande subdivision possible des goûts et des volontés. On n'a point oublié le colosse espagnol, aux mains d'Ésaû, ce M. Mignard si poli, dont le nom contrastait plaisamment avec la figure. Après avoir confessé de lui - même qu'il ne pouvait plus rien m'apprendre sur la guitare, il avait demandé la permission de venir quelquefois m'entendre ; et il se présentait à des intervalles fort éloignés, sans parvenir toujours à nous rencontrer. Flatté du talent de sa jeune écolière , le regardant comme son ouvrage, et partant de ce principe pour s'attribuer une sorte de droit ou d'excuse, s'étant annoncé comme un noble de Malaga , que les malheurs avaient obligé de faire ressource de son savoir en musique, il commença par perdre la tête, et finit par déraisonner pour se justifier à lui-même ses prétentions ; d'après quoi , il s'arrêta à la résolution de me faire demander en mariage , n'ayant pourtant pas le courage de s'exprimer en personne. Les représentations de celui qu'il avait chargé de cette commission n'ayant pu le faire changer de dessein, elle fut remplie; il s'ensuivit la recommandation de ne plus remettre les pieds à la maison, accompagnée de la politesse

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qu'on doit aux malheureux. Les plaisanteries de mon père m'apprirent ce qui s'était passé; il aimait à m'entre tenir des prières qui lui étaient adressées à mon sujet; et comme il était un peu glorieux, il n'épargnait point les personnages qui prêtaient au ridicule. Le pauvre Mozon était devenu veuf, il s'était fait extirper sa petite loupe, ornement de sa joue gauche; il songeait à prendre cabriolet : j'avais quinze ans ; il se trouvait rappelé pour me perfectionner. Son imagination s'échauffa ; la bonne opinion de son art ne lui manquait pas; il aurait estimé Marcel fort raisonnable : artiste pour artiste , pourquoi ne se serait-il pas mis sur les rangs ? Il fit exposer ses vœux , et fut congédié comme Mignard.

Du moment où une jeune fille atteint l'âge qui annonce son développement , l'essaim des pré te ndans s'attache à ses pas, comme celui des abeilles bourdonne autour de la fleur qui vient d'éclore.

Elevée d'une manière austère et vivant trèsretirée, je ne pouvais inspirer qu'un seul projet ; et le caractère respectable de ma mère , l'apparence de quelque fortune , la qualité de fille unique , pouvaient le rendre très-séduisant pour bien des gens.

Ils se présentèrent en foule ; et , dans la difficulté d'avoir une entrée , la plupart prenaient le parti décrire à mes parens. Mon père m'apportait toujours les lettres de cette nature. Fort indépendamment de l'énoncé de l'état et de la fortune , la manière dont elles étaient tournées influençait

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