‹ Mâemoires du marquis de FerriáeresChapitre 112 sur 165 · DEUXIÈME PARTIE. 1 5g · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. 1 5g

former cle ce qu'on pouvait désirer, et faisait offrir les objets de sa compétence : ce soin très- direct commença à faire sourire mon père , qui , voulant s'amuser , fit passer près de moi une demoiselle Michon , personne grave et dévote , le jour qu'elle vint cérémonieusement faire la demande au nom du Loucher. « Vous savez, ma fille, me dit— il gravement, que j'ai pour principe de ne point gêner votre inclination : voici les propositions qui me sont faites à votre sujet; » et il répète ce que mademoiselle Michon lui avait exprimé. Je me pinçai les lèvres, un peu piquée de ce que la bonne humeur de mon père me donnait la charge d'une réponse qu'il aurait dû faire pour moi. « Vous n'ignorez pas, mon papa, lui répliquai -je en le parodiant, que je m'estime fort heureuse dans ma situation présente , et que j'ai la ferme résolution de ne point la quitter de quelques années; vous pouvez établir sur cette disposition tout ce que vous croirez convenable; » et je me retirai. « Mais vraiment, me dit ensuite mon père dans le particulier , voilà une fort bonne façon d'éloigner tout le monde , que cette raison que tu as été chercher. — J'ai payé votre petite malice, mon papa , par une généralité trèsconvenable dans la bouche d'une jeune fille, et je vous ai laissé la charge d'un refus en règle que je ne dois pas prendre sur moi. — C'est fort bien se tirer d'affaire ; mais dis-moi donc ce qui te conviendra ? — Ce pour quoi vous m'avez élevée en m apprenant à réfléchir, et me laissant contracter

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des habitudes studieuses : je ne sais quel est l'homme à qui je me donnerai; mais ce ne sera jamais que celui avec lequel je pourrai communiquer et partager mes sentimens comme mes pensées. — On trouve 5 dans le commerce , des hommes qui ont de la politesse et de l'instruction. — Oui, mais non pas de celles à mon usage : leur politesse consiste en quelques phrases et révérences; leur savoir se rapporte toujours au coffre -fort, et ne m'aiderait guère pour l'éducation de mes enfans. — Tu les élèverais toi-même. — Cette tâche me paraîtrait rude si elle n'était partagée par celui qui leur aurait donné le jour. — Crois-tu que la femme de Lempereur ne soit pas heureuse? Ils viennent de quitter le commerce; ils achètent de grandes charges; ils ont un bel état de maison et voient chez eux bonne société. — Je ne suis pas juge du bonheur d'autrui, et je n'attache point le mien à l'opulence; je ne conçois de félicité dans le mariage que par la plus intime union du cœur; je ne puis me lier qu'à qui me ressemble, et encore faut-il que mon mari vaille mieux que moi ; car la nature et les lois lui donnant de la supériorité , j'en aurais honte s'il ne la méritait véritablement. — Il te faudra quelque avocat? Les femmes ne sont pas trop heureuses avec ces gens de cabinet ; ils ont de la morgue et fort peu d'argent ! — Mais, mon dieu! mon papa , je n'apprécie qui que ce soit par sa robe ; je ne vous dis point que je veux telle ou telle profession, mais un homme que je puisse aimer. — Mais, à t'en-

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