DEUXIÈME PARTIE. 3 6 r
tendre, cet homme-là ne peut point se trouver dans le commerce ? — Ah ! — j'avoue que cela me paraît Lien difficile; je n'y ai aperçu personne de mon goût, et l'état en soi me répugne. — C'est pourtant chose fort douce que d'être tranquille dans son appartement, tandis que le mari fait de bonnes affaires. Vois madame d'Argens ; elle connaît les diamans aussi bien que son mari ; elle traite avec les courtiers dans son absence; elle conclut aussi des marchés avec les particuliers ; elle continuerait le commerce lors même qu'elle deviendrait veuve : leur fortune est déjà considérable; ib sont de cette compagnie qui vient d'acheter Bagnole t. Tu as de l'intelligence ; tu connais même cette partie depuis que tu as lu le traité que j'ai sur les pierres précieuses : tu inspirerais de la confiance ; tu ferais ce que tu voudrais : tu aurais une vie agréable , si tu avais voulu de Delorme, Babreuil, ou Lobligeois. — Tenez, papa, j'ai trop bien vu qu'on ne réussissait dans le commerce qu'en vendant cher ce qu'on. avait acheté grand marché ; qu'en surfaisant beaucoup et rançonnant le pauvre ouvrier ; je ne saurai jamais me prêter à rien de semblable , ni respecter celui qui s'en occupe du matin au soir : or, je veux être honnête femme; et comment serais-je fidèle à l'homme dont je ne tiendrais nul compte, en admettant que j'eusse pu l'épouser? Vendre des diamans ou des petits paies me semble à peu près la même chose, si ce n'est qu? ceux-ci ont leur prix fait, qu'on y trompe peut-être moins j
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mais qu'on se salit davantage; je ne me soucie pas plus de l'un que de l'autre. — Crois -tu donc qu'il n'y ait point d'honnêtes gens dans le commerce i — Je ne veux pas décider cela; mais je suis persuadée qu'il n'y en a guère ; et encore ces honnêtes genslà n'ont point tout ce qu'il me faut dans un mari. — Tu t'es rendue bien difficile; et si tune trouves pas ta chimère... — Je mourrai fille. — Cela serait peut-être plus dur que tu ne penses; au reste , tu as le temps d'y songer : mais l'ennui vient un jour, la foule n'y est plus , et tu sais la fable ! — Oh ! je me vengerai à mériter le bonheur de l'injustice qui m'en tiendrait privée. — Te voilà dans les nues ; il y fait beau quand on peut y monter, mais il n'est pas aisé de s'y tenir : songe toujours que j'aimerais à avoir des petits-enfans avant d'être trop vieux. » J'aimerais bien à vous en donner, pensais-je en moi-même , lorsque mon père mit lui au dialogue en se retirant; mais en vérité je n'en aurai jamais que d'un mari qui me convienne. Je prenais alors un peu de mélancolie en considérant mon entourage, où je n'apercevais rien à la ronde capable de s'assortir à mes goûts : ce sentiment n'était pas durable ; je me sentais un bonheur actuel, et je couvrais l'avenir d'une espérance vague ; c'était la plénitude d'un bien-être qui reflue jusqu'au futur en délivrant de toute inquiétude. « Sera-ce pour cette fois, mademoiselle ? » me dit un jour mon père, avec une gravité feinte, et l'air de satisfaction qu'il avait toujours quand il recevait quelque demande ;