‹ Mâemoires du marquis de FerriáeresChapitre 116 sur 165 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

tie les individus mêmes qui cherchaient des acquisitions pour satisfaire leur luxe ou l'usage , elle maintenait sa petite fortune et son aisance sans perte et sans accroissement. Très-avancée en âge , elle e'tait secondée par sa fille , dont le tendre attachement lui avait fait rejeter tout établissement , pour demeurer avec sa mère dans l'union la plus intime.

Gardanne était du pays de madame Desportes : l'esprit naturel, la vivacité méridionale, de bonnes études et l'extrême envie de réussir promettaient que ce jeune docteur pousserait assez loin un chemin déjà bien commencé. Madame Desportes, qui l'accueillait avec cette bonté protectrice qui seyait à son caractère, à son âge, et qu'elle avait l'art de rendre aimable , imagina d'en faire le mari de sa petite cousine : elle mourut avec ce projet, que sa fille résolut d'exécuter.

Gardanne souhaitait et craignait de se lier ; dans le calcul des avantages et des inconvéniens de la grande confrérie , il ne s'était point , comme ma tête romantique , attaché à l'unique idée des convenances personnelles; il comptait tout. J'avais seulement vingt mille livres en mariage ; mais les espérances rachetaient la modicité de la dot. Les conditions pécuniaires furent faites avant que je susse rien ; le marché était conclu lorsqu'on me parla d'un médecin à épouser. L'état me convenait , il promettait un homme éclairé ; mais il fallait connaître sa personne. On arrangea une

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promenade au Luxembourg ; la pluie devaitprendre en chemin et survint, ou Lien on la craignit : on se réfugia chez une amie de madame Desport es , mademoiselle de la Barre , grande janséniste, qui fut ravie de la circonstance , et nous offrit une collaton, durant laquelle son médecin et son compatriote vint tout juste lui faire une visite.

On s'examine beaucoup de part et d'autre , sans avoir , pour mon compte , l'air d'y regarder , mais sans laisser rien échapper néanmoins. Ma cousine était triomphante , comme si elle eût dit : « Je ne l'avais point annoncée jolie ; mais que vous en semble? » Ma bonne mère avait l'air tendre et rêveur; mademoiselle de la Barre faisait de l'esprit, et merveilleusement les honneurs de ses confitures et de mille bonbons; le médecin babillait assez , croquait des sucreries , disant , moitié par une galanterie qui sentait un peu les bancs de l'école , qu'il aimait beaucoup la douceur; à quoi la jeune fille observa d'une voix timide, avec quelque rougeur et un léger sourire , qu'on accusait les hommes de l'aimer beaucoup, parce qu'ils avaient grand besoin qu'on en usât toujours avec eux. Le fin docteur parut émoustillé de l'épigramme. Mon père aurait volontiers déjà donné sa bénédiction; il était si poli que j'en enrageais. Le médecin se retira le premier, pour faire ses visites du soir; nous retournâmes comme nous étions arrivés, et voilà ce qu'on appelait une entrevue. Mademoiselle Desnortes, grande observatrice des formes, avait ainsi

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