‹ Mâemoires du marquis de FerriáeresChapitre 117 sur 165 · DEUXIÈME PARTIE. I · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. I

tout arrangé , parce que dans une maison qui n'est point ouverte , et où se trouve une jeune fille , un homme qui a des vues de mariage ne doit mettre le pied que quand il est accepté; mais aussi, cela fait, le contrat doit se dresser d'abord , et la célébration suivre immédiatement : c'était la loi et les prophètes. Un médecin dans son costume n'est jamais séduisant pour une jeune personne; je n'ai su, dans aucun temps de ma vie , me représenter l'Amour en perruque. Gardanne avec ses trois marteaux, son air doctoral, son accent du midi , ses sourcils noirs très-rapprochés, avait l'air beaucoup plus propre à conjurer la fièvre qu'à la donner. Mais je sentais cela, sans faire alors cette réflexion ; j'avais, du mariage, des idées si austères, que je .ne voyais pas dans sa proposition le plus petit mot pour rire. « Eh bien! me demanda doucement ma bonne mère , comment trouves-tu cette personne ; te conviendra-t-elle ? — Maman , je ne puis savoir cela si vite. — Mais tu peux bien dire si elle t'inspire de la répugnance ? — Ni répugnance ni goût ; l'une ou l'autre pourrait naître. — Comment! il faut pourtant savoir que répondre si l'on vient faire la demande en règle. — Et cette réponse engagerat-elle ? — Mais quand on a donné sa parole à un honnête homme , assurément il faut la tenir. — Et s'il déplaît? — Une fille raisonnable , qui ne se détermine point par caprice , dès qu'elle a pesé les motifs d'une aussi grande résolution , ne revientpoint après l'avoir prise. — Il s'agit donc de se dé-

cider sur cette entrevue ? — Ce n'est pas cela précisément : les relations de M. de Gardanne avec la famille permettent de juger son existence , ses mœurs; quelques informations pourront aider à estimer son caractère; ainsi, voilà les bases principales pour établir une détermination; la vue de la personne n'est plus que pour de légères convenances. — Ah ! maman , je ne suis pas pressée de me marier. — Je le crois, mon enfant ; mais tu es destinée à te'tablir, et tu es à l'âge le plus convenable pour cela : tu as refusé beaucoup de partis dans le commerce, et ce sont ceux que ta situation peut t'offiir en plus grand nombre ; tu parais décidée à ne point vouloir d'un mari qui soit dans cet état : le parti qui se présente aujourd'hui te convient par tous les rapports extérieurs ; prends garde à ne point le rejeter légèrement. — Il me semble que j'ai le temps d'y songer; M. Gardanne luimême n'est peut-être pas décidé; car enfin il ne m'avait jamais vue. — J'en conviens; mais si tu n'as que cette excuse, elle pourrait n'être pas de longue durée : au reste , je n'exige pas une réponse à cet instant; tu feras tes réflexions, et tu me les communiqueras dans deux jours. » En me disant ces mots, ma mère me baisa le front et me laissa rêver.

La raison et la nature se réunissent si bien pour convaincre une jeune fille sage et modeste qu'elle doit se marier, que la délibération à cet égard ne peut jamais s'établir que sur le choix du sujet. Or,

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