‹ Mâemoires du marquis de FerriáeresChapitre 124 sur 165 · DEUXIÈME PARTIE. l · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. l

^tait arrivé, ma mère était au lit; les remèdes s'administraient , et les progrès du mal se faisaient avec une effroyable rapidité ; les yeux étaient fermés, la tète, penchée sur la poitrine, ne pouvait plus se lever; une respiration forte et précipitée annonçait l'accablement universel : cependant , elle entendait ce qu'on lui disait; et lorsqu'on lui demandait si elle souffrait, elle portait la main gauche sur son front, comme pour indiquer le siège de la douleur. J'étais dans une activité inexprimable ; j'ordonnais tout, et je l'avais toujours fait avant qu'on l'eût exécuté; je paraissais ne pas quitter le chevet du lit, et je préparais ce qui était nécessaire. A dix heures du soir, je vois que le médecin prend à part quelques femmes et mon père ; je veux savoir ce qu'il propose ; on me dit qu'on est allé chercher l'extrême-onction : je crois rêver; un prêtre arrive, il prie , et fait je ne sais quoi : je tiens machinalement un flambeau; droite au pied du lit, sans répondre et sans céder à ceux qui veulent me déplacer, les yeux fixés sur ma mère mourante et adorée ; absorbée dans un sentiment unique, qui suspend enfin toutes mes facultés, le flambeau s'échappe de ma main ; je tombe sans connaissance : on m'enlève ; je me retrouve, après quelque temps, dans le salon voisin de sa chambre , environnée de personnes de ma famille. Je tourne les yeux vers la porte ; je me lève, on me retient; je fais des gestes supplians pour obtenir la permission de retourner. . . Un silence triste, une opposition morne et cons-

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tante me contrarient continuellement. Je retrouve des forces; je prie, j'éclate, on est impitoyable ; j'entre dans une espèce de rage.... A l'instant, mon père paraît ; il est blême et silencieux : on a l'air de lui faire une demande tacite ; il répond par un mouvement des yeux, qui fait jeter des hélas! gémissans. Je me dérobe à la surveillance de mes gardiens frappés : je sors impétueusement : Manière! . . . elle n'était plus! Je soulève ses bras ; je ne puis le croire ; j'ouvre et referme alternativement ces yeux qui ne me verront plus , et qui se fixaient sur moi avec tant de tendresse : je l'appelle; je me jette sur son lit avec transport ; je pose mes lèvres sur les siennes ; je les entrouvre ; je cherche à aspirer la mort; j'espère la gagner avec mon souffle, et pouvoir expirer sur l'heure. Je ne sais pas bien ce qui suivit ; je me souviens que , sur le matin , je me vis chez un voisin , où parut M. Besnard, qui me fit porter dans une voiture et emmener chez lui. J'arrive ; ma grand'tante m'embrasse en silence , me met devant une petite table , et me sert quelque chose à boire , en me priant beaucoup de le prendre : je veux la satisfaire, et je m'évanouis. On me met au lit; j'y ai passé quinze jours entre la vie et la mort , dans des convulsions effrayantes. La souffrance physique dont je me rappelle, est celle d'un étouffement continuel; ma respiration n'était qu'une sorte de hurlement, qu'on entendait de la rue, à ce qui m'a été dit depuis : j'avais éprouvé une révolution, que ma situation avait rendue plus critique, et dont

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