TROISIÈME PARTIE. IO,g
«xclut l'autre par la nature même des choses. Si ceux qui m'ont pénétrée eussent jugé les faits ce qu'ils étaient , ils m'auraient épargné une sorte de célébrité que je n'ai point enviée : au lieu de passer aujourd'hui mon temps à détruire le mensonge , je lirais un chapitre de Montaigne , je dessinerais une fleur, ou jouerais une ariette, et j'adoucirais la solitude de ma prison , sans m'appliquer a faire ma confession. Mais j'anticipe sur un temps auquel je n'étais pas encore arrivée; je le remarque sans gêne , comme je l'ai fait sans scrupule ; puisque c'est moi qu'il s'agit de peindre , il faut qu'on me voie avec mes irrégularités. Je ne commande pas
à vous échapper, vous ne pouvez plus conserver et l'État et l'Église que par la profession désintéressée de ces principes «vangéliquesqui respirent la plus tendre humanité, l'égalité la plus parfaite , et dont les successeurs du Christ n'avaient su se couvrir que pour accroître une domination qui tombe aujourd'hui de vétusté. Les siècles de l'ignorance sont passés ; les hommes ne peuvent plus être soumis que par la conviction , conduits que par la vérité, attachés que par leur propre bonheur : l'art de la politique et le secret du gouvernement sont réduits à la reconnaissance de leurs droits, et au soin de leur en faciliter l'exercice pour le plus grand bien de tous, avec le moins dédommage possible pour chacun.
«Telles sont aujourd'hui les maximes de la République française, trop sage pour avoir rien à taire, même en diplomatie; trop puissante, pour avoir besoin de menacer; mais, trop fière pour dissimuler un outrage, et prête à le punir, si des réclamations paisibles demeuraient sans effet. »»
ma plume , elle m'entraîne où il lui plaît, et je la laisse aller.
Mon père chercha de bonne foi , dans les premiers jours de son veuvage, à garder plus assidûment son logis ; mais il s'y ennuyait : et dès que le goût de son art ne prévenait point cette maladie , tous mes efforts ne pouvaient la guérir. Je voulais causer avec lui ; nous avions peu d'idées communes, et probablement il inclinait alors pour un genre dans lequel il n'aurait pas voulu que j'eusse versé. Je faisais souvent son piquet ; il était peu réveillant pour lui de le faire avec sa fille ; d'ailleurs , il n'ignorait pas que je détestais les cartes , et quelque envie que j'eusse de lui persuader que j'y trouvais du plaisir, quelque soin que je prisse pour goûter effectivement celui de l'amuser , il ne doutait pas que ce ne fût de ma part une complaisance.
J'aurais voulu lui rendre sa maison agréable ; je n'avais pas de moyens pour cela ; je n'avais de liaisons qu'avec de grands parens qu'on allait voir, et qui ne se déplaçaient point. Il aurait fallu qu il se formât lui-même une société chez lui ; mais il en avait une ailleurs, et il sentait bien qu'il n'eût pas été convenable de me donner celle-là. Serait-il vrai que ma mère aurait eu tort de se concentrer et de ne pas .rendre sa maison assez vivante pour captiver son mari ? Ce serait la blâmer trop légèrement ; et il y aurait aussi de l'injustice à trouver mon père si repréhensible pour quelques erreurs dont il devint lui-même victime.