‹ Mâemoires du marquis de FerriáeresChapitre 151 sur 165 · TROISIÈME PARTIE. 2%g · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. 2%g

s'introduire dans la maison ; il y allait de temps en temps ; définitivement il a fait sa déclaration : ces demoiselles sont riches, la cadette est jolie ; lui n'a pas le sou , et il cherche une héritière ; car il a fait semblable demande d'une autre personne de leur connaissance , à ce qu'elles ont appris : on l'a éconduit; nous l'appelons l'amoureux des onze mille vierges. D'où le connais-tu? — De l'avoir vu au concert de madame Lépine. » Et je me mordis les lèvres ,v en gardant le reste , bien piquée d'avoir cru que j'étais aimée d'un homme qui, sans doute , n'avait demandé ma main que parce que j'étais fille unique; piquée bien plus encore de lui avoir fait une belle lettre qu'il ne méritait point. Matière à méditation pour exercer ma prudence une autre fois î

Quelques mois s'étaient écoulés, lorsqu'un jour un petit savoyard vint dire à ma bonne que quelqu'un demandait à lui parler, je ne sais où : elle sort, rentre, et me dit que M. Lablancherie l'avait chargée de me supplier de le recevoir. C'était un dimanche; j'attendais de mes parens : « Oui, lui répliquai-je , qu'il vienne , mais à l'instant; puisqu'il vous attend près de la maison , allez le trouver, et le faites entrer. » Lablancherie arrive; j'étais au coin de mon feu. « Je n'osais, Mademoiselle, me présenter chez vous, depuis la défense que vous m'en aviez faite; je désirais extrêmement de vous entretenir, et je ne puis vous exprimer ce que m'a fait éprouver la lettre chère et cruelle que vous m'a-

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dressâtes alors. Ma situation a varie depuis cette époque ; j'ai maintenant des projets auxquels vous pourriez n'être pas étrangère. >; Il me développa aussitôt l'idée d'un ouvrage de critique et de morale par lettres, dans le genre du Spectateur , m'invitant à traiter ainsi quelque sujet. Je le laissai parler sans l'interrompre; j'attendais même encore, après qu'il eut fait une petite pause, pour qu'il achevât de défiler son chapelet. Quand il eut tout dit, je m'exprimai à mon tour, et je lui observai, avec calme et politesse , que j'avais pris le soin de l'avertir moi-même de discontinuer ses visites, parce que les sentimens qu'il avait déclarés à mon père à mon sujet, me faisant supposer qu'il mettait de l'intérêt à les continuer, j'avais voulu lui marquer ma reconnaissance pour cette attention ; qu'à mon âge la vivacité de l'imagination se mêlait de presque toutes les affaires , et en changeait quelquefois la face; mais que l'erreur n'était pas un crime , et que j'étais revenue de la mienne de trop bonne grâce pour qu'elle dût l'occuper; que j'admirais ses projets littéraires , sans vouloir y prendre part d'aucune manière , non plus qu'à ceux de personne ; que je me bornais à des vœux pour les succès de tous les auteurs du monde, ainsi que pour les siens dans tous les genres ; que c'était pour le lui dire que j'avais consenti à le recevoir, afin qu'il se dispensât de toute tentative semblable par la. suite; d'après quoi, je le priais de terminer là sa visite. La surprise, la douleur, l'agitation , tout

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