SUR MADAME ROLAND. XXVII
celui d'un ministre factieux. Sa femme, qui par ses talens donna plus d'éclat à ses travaux , donnait aussi , non pas plus de fermeté , mais plus de chaleur à ses résolutions. « Roland, sans moi, dit-elle dans ses Mémoires, n'eût » point été moins bon administrateur; son activité, son m savoir , sont bien à lui comme sa probité \ mais avec » moi il a produit plus de sensation , parce que je met- )) tais dans ses écrits ce mélange de force et de douceur, » d'autorité de la raison et de charme du sentiment qui » n'appartiennent peut-être qu'à une femme sensible, » douée d'une tête saine. Je faisais avec délice ces mor- » ceaux que je jugeais devoir être utiles, et j'y trouvais n plus de plaisir que si j'en eusse été connue pour « l'auteur. Je suis avide de bonheur , je l'attache au bien )> que je fais, et n'ai pas même besoin de gloire (r). »
Ce fut elle qui traça , d'un seul trait, la lettre fameuse que Roland fît remettre à Louis XVI : avis sévère, mais éclairé, suivant les uns audacieuse; remontrance, triste et funeste prophétie suivant les autres ; mais monument très-
(i) Madame Roland n'ambitionna jamais la célébrité attachée aux lettres. Elle a écrit dans les derniers temps de sa vie, pour servir sa cause, bien plus que pour faire briller ses taleus. Dès l'âge de dix-sept ans, elle avait composé plusieurs morceaux : on en trouvera des fragmens cités en note dans cette édition. Ce sont, pour la plupart, des essais de morale ou de philosophie. Une circonstance qu'il ne faut pas omettre , c'est qu'elle avait écrit un sermon sur V amour du prochain., et un discours sur cette question : Comment l'éducation des femmes pourrait contribuer a rendre les hommes meilleurs. En parlant de ces essais, dans ses Mémoires, elle n'y attache pas plus d'importance qu'ils ne lui avaient coûté de peine, et son style doit peut-être à l'absence de toute prétention littéraire, cette marche vive, naturelle et libre, qu'aurait gênée la contrainte de 1 mutation ou le désir d'obtenir des applaudisseraens.
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remarquable , et du talent qui récrivit, et du temps qui la vit écrire, puisque le ministre d'un roi y parlait presque déjà le langage d'un républicain. La Cour lui redemanda le porte-feuille avec colère ; l'Assemblée applaudit à sa conduite avec transport, et la Gironde prépara son rappel.
L'histoire doit adresser de graves reproches aux Girondins , si la journée du 20 juin fut leur ouvrage. En organisant , pour ainsi dire , une insurrection calme et docile, ils voulaient moins frapper qu'avertir; ils voulaient déployer plutôt qu'exercer leur pouvoir, détruire le prestige dont s'environnait encore la couronne, avilir le monarque pour abaisser la royauté, et jouir de l'autorité des maires du palais sous un prince qu'ils auraient réduit au rôle des rois fainéans. Mais dans la funeste carrière qu'ils venaient d'ouvrir , ils allaient être suivis , imités , surpassés et vaincus. Ils préparaient encore rabaissement de l'autorité royale , que d'autres conspiraient déjà sa ruine. Le palais des rois était privé de ses anciens défenseurs, depuis que des hommes , séduits par des passions qui leur semblaient des vertus , avaient cru pouvoir former un troisième parti entre la nation et le prince, et chercher la patrie au milieu de l'étranger. Le trône chancelant cherchait en vain des soutiens : dans la journée du 20 juin, le bonnet rouge l'avait avili ; dans la journée du îo août, le canon des Marseillais le renversa.
Amis , ennemis, royalistes ou jacobins, tous ont rendu cette justice à Roland et à sa femme , qu'ils restèrent, dans tous les temps, étrangers aux intrigues cachées, ainsi qu'aux mouvemens populaires. L'opiniâtreté de Roland le rendait également incapable de plier ou de feindre -, la tranquillité des travaux scientifiques et le déclin de l'âge, le disposaient à l'amour de l'ordre : quant à