SUR MADAME ROLAND. XXIX
madame Roland , elle avait dans le caractère cette élévation qui dédaigne la ruse, et dans le cœur cette sensibilité généreuse qui déplore tous les excès et s'attendrit sur tous les malheurs (i). Si Roland, après le 10 août, fut reporté au ministère parle parti triomphant, c'est qu'on avait besoin de son activité , de ses talens, de son nom ; c'est qu'on voulait se servir encore de sa popularité avant, de la détruire. On touchait a celte époque des révolutions où le peuple , après avoir combattu pour ses droits , séduit par des ambitieux, égaré par des pervers, immole sans pitié ses premiers défenseurs. Comment cet inévitable résultat échappait-il à la prévoyance de Roland et de ses amis ? Il faut s'arrêter un moment ici pour considérer les causes d'un aveuglement que bien d'autres partageaient avant eux.
En France, dans les années qui précédèrent la révolution, un sentiment de bienveillance était entré dans tons les cœurs, ^es classes instruites de la société professaient les opinions les plus honorables pour l'espèce humaine ; on croyait et l'on avait raison de croire que les hommes deviennent meilleurs en s'éclaira nt ; mais on oubliait trop que les lumières et l'esprit de modération qui les suit sont
(1) Madame Roland , dans un fragment ine'dit qui n'était point de nature à voir le jour , s'exprime ainsi sur son propre compte : « Je ne » m'abaisserai jamais à dissimuler mon caractère ou mes principes, et » sans cherchera me montrer, je me laisse connaître, parce qu'il serait » indigne de moi de me cachera » Quelques lignes plus bas elle ajoute , en parlant de Roland : « C'est un véritable homme de bien, instruit, » laborieux, sévère comme Caton, tout aussi opiniâtre dans ses idées, » et aussi dur dans la répartie , mais peut être moins précis dans la dis- » cussion. Quant à moi , j'ai bien autant de fermeté que mon mari avec » plus de souplesse; mon énergie a des formes plus douces, mais elle » repose surles mêmes principes ; je choque moins et je pénètre mieux, a