XXX NOTICE
le résultat du temps et de l'expérience. La France ayant joui d'un long repos , on avait perdu la mémoire des horreurs de la Ligue, on plaisantait des troubles delà Fronde. Les plus sensés croyaient à la possibilité d'opérer une réforme sans secousses et des [révolutions saus excès -, ils auraient rougi de faire entrer les passions des hommes comme ombres dans le tableau des biens qu'on voulait devoir à leurs vertus. On ne réfléchissaitpoint assez que cespassions, qui sont sans danger quand la nature du gouvernement a prévu leur action , s'usent en s'exhalant dans la liberté dont jouissent ou doivent jouir les Etats constitutionnels; mais qu'en France, après tant d'années d'un pouvoir absolu, le peuple sortirait violemment d'un état de contrainte où l'avait retenu la force.
Quelques-unes des premières scènes de la révolution auraient pu dessiller les yeux , si des hommes nouveaux se succédant sans cesse, l'expérience des premiers ne fût pas restée sans fruit pour les seconds. Après le 10 août, les Girondins se livraient encore aux plus trompeuses espérances j après l'abolition de la royauté, ils s'écriaient avec enthousiasme : Voilà la république ! Ils s'imaginaient qu'on ordonne par un décret à tout un peuple de changer ses usages et d'avoir des vertus. Cette république , dont leurs nobles illusions fondaient la durée surla justice, sur le désintéressement, sur l'amour de la patrie et de la liberté, allait naître au milieu des proscriptions de Sylla pour expirer bientôt devant le génie de César.
Le règne de la terreur approchait : à la place de l'ordre on voulait l'anarchie , au lieu de loi on demandait du sang, et quand Roland parlait d'humanité, la commune préparait les massacres de septembre. Le ministre dont l'impuissante autorité n'avait pu prévenir les massacres.