‹ Mâemoires du marquis de FerriáeresChapitre 23 sur 165 · SUR MADAME ROLAND. XXXIII · texte numérisé non relu

SUR MADAME ROLAND. XXXIII

fiait trop aisément la gloire aux plaisirs, et qui ne s'arrachait à la paresse que pour s'élever à la plus haute éloquence. A ces hommes supérieurs se joignaient encore Servan, qui, dans ses écrits el dans son ministère, avait montré les vues d'un excellent citoyen ; Buzot, d'un caractère fieretsensible;Louvet, doué d'un esprit ingénieux et fin; Champfort, qui prodiguait dans la conversation l'acre té de ses bons mots ; M. Bosc, dont madame Roland appréciait le savoir et l'amitié fidèle; Clavières, dont elle estimait la fermeté tranquille, et Barbaroux, dont elle modérait le bouillant courage (i). Ces réunions avaient un but utile : on examinait la situation de la France, on proposait des décrets, on discutait des avis : ceux qu'ouvrait madame Roland étaient toujours les plus fermes et les plus prévoyans. Ses amis ne se repentirent que trop tôt de ne les avoir point écoutés.

Les Girondins se perdaient par trop de confiance dans leur force. Toujours vainqueurs dans les combats de la tribune , ils s'imaginaient que la Montagne continuerait à laisser aux talons une victoire qu'elle pouvait devoir à la violence. Les Jacobins régnaient dans Paris, siégeaient à la commune , partageaient la Convention , et la Gironde se croyait invincible ! La veille du 3i mai , elle disait en-

(ï) Barbaroux, jeune et ne' dans Ja Provence , avait l'ardeur de son âge et la vivacité des habitans du midi. La Montagne n'eut point, dans la Convention, déplus impétueux adversaire. Il fut une de ses victimes, et mourut à Bordeaux, le î5 juin 1794- II avait écrit des Mémoires sur la révolution : la première partie a été détruite ; la seconde existe en manuscrit et contient des détails infiniment curieux sur la journée du 10 août. Le fils de Barbaroux, qui promet au barreau un avocat distingué, veut bien nous autoriser à joindre ce manuscrit précieux aux Mémoires dont se compose notre collection.

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