‹ Mâemoires du marquis de FerriáeresChapitre 24 sur 165 · XXXIV NOTICE · texte numérisé non relu

XXXIV NOTICE

core : Ils n'oseront ! Le lendemain , quarante mille hommes armés s'étaient mis en marche contre la Convention 5 la force avait triomphé dans l'asile des lois -, la commune de Paris avait dicté ses volontés à la représentation nationale : mais comme si la Montagne n'eût point été sûre de son triomphe sans l'arrestation d'une femme, dans la nuit du 3i mai madame Roland avait été conduite à l'Abbaye.

Roland avait quitté Paris : sa femme pouvait le suivre ; elle resta. Le soin de me soustraire à l'injustice, dit-elle dans un endroit de ses Mémoires , me coûte plus que de la subir. Nous avons précieusement recueilli un billet écrit par elle , au moment de son entrée dans la prison (1) : il peint le calme d'une conscience pure et la résolution d'une ame inaccessible à la crainte. Elle supporta la perte de sa liberté, comme elle avait supporté dans sa jeunesse la perte de tout son bien ; l'injustice des hommes ne Yétonna pas plus que les rigueurs du sort. On verra par quel charme attaché à sa personne , à ses manières , à ses moindres paroles , elle adoucit la sévérité de ses gardiens -, comment , réduite à vendre son argenterie, pendant son séjour en prison , elle s'imposait encore des privations rigoureuses , pour se conserver le plaisir de la bienfaisance (2); comment, cent fois dans la journée-, sentant son cœur s'affaiblir, et ses larmes couler au souvenir de son mari et de sa fille , elle rappelait sa constance , pour résister aux coups de la fortune , fibre de se mesurer avec elle et de la mettre sous ses pieds.

(1) ~Lefac simile qui suit la Notice reproduit ce petit billet avec beaucoup d'exactitude.

(2) Pendant tout le temps que Roland fut ministre , sa femme consacra mille francs par mois à des distributions charitables.

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