‹ Mâemoires du marquis de FerriáeresChapitre 26 sur 165 · SUR MADAME ROLAND. XXXIX · texte numérisé non relu

SUR MADAME ROLAND. XXXIX

il osa lui en proposer de plus courageuses encore. Il pensa qu'il était plus digne d'elle d'attendre que de se donner la mort -, qu'elle devait laisser commettre un nouveau forfait à ses juges ; qu'elle devait à sa cause un grand sacrifice , à ses amis l'exemple du plus généreux dévouement. On ne sait, en songeant à de pareils conseils, ce qu'on doit admirer le plus , du courage qui les donne, ou de la fermeté qui les reçoit : ils arrêtèrent madame Roland, sans l'étonner ; elle calcula de sang-froid les raisons pour et contre; se représenta les préparatifs du supplice , la lenteur du trajet , la joie d'un peuple féroce, et rien n'ébranla son ame. Elle accepta ce nouveau genre d'héroïsme, non pas avec les transports d'un enthousiaste qui cherche le martyre, mais avec la résolution calme d'un sage qui remplit un devoir.

Enfin , le supplice de l'attente se termina. Ses malheureux amis les Girondins avaient péri le 3i octobre 1790 :, on la transféra le même jour à la Conciergerie ; elle y subit un interrogatoire, et fut appelée le 10 novembre au Tribunal révolutionnaire. Un homme qui consacrait alors ses talens et son courage à la défense de tous les genres d'infortunes , l'éloquent avocat de Charlotte-Corday, de la reine, et des Girondins , M. Chauveau-Lagarde, ambitionna l'honneur dangereux de parler pour madame Roland. Il la vit plusieurs fois à la Conciergerie } le 9 novembre, il revint dans la soirée pour lui remettre la liste des témoins, et pour se concerter avec elle. Il la prévenait des pièges qu'on pouvait lui tendre, lui communiquait le plan de son discours, lui donnait des espérances qu'il n'avait pas. Madame Roland l'écoutait d'un air tranquille , et discutait de sang-froid les moyens proposés pour sa défense. L'entretien se prolongeait : il était onze

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