‹ Mâemoires du marquis de FerriáeresChapitre 27 sur 165 · XL NOTICE · texte numérisé non relu

XL NOTICE

heures du soir; on vint avertir M. C ha u veau-La garde que les portes de la prison se fermaient. Il allait se retirer : madame Roland, un moment émue, se lève, tire de son doigt un anneau, et le lui présente sans prononcer une parole. Madame, s'écrie vivement l'avocat, qui devine d'un coup-d'œil son intention et ses pressentimens , Madame , nous nous reverrons demain , après le jugement l — Demain , dit-elle, je n'existerai plus! je sais le

sort qui m'attend Vos conseils me sont chers , ils

pourra ont vous devenir funestes : ce serait vous perdre sans me sauver. Que je n'aie pas la douleur d'avoir causé

la mort d'un homme de bien! Ne venez point au

tribunal, je vous désavouerais ,- mais acceptez ce seul

gage que ma reconnaissance puisse offrir Demain ,

je n existerai plus l

Ce fut dans cette nuit qui précéda son dernier jour, que rassemblant ses forces et recueillant ses esprits, elle écrivit seule son projet de défense, morceau célèbre, où l'éloquence s'anime de tout ce qu'une ame sensible et fière peut conserver d'attachement pour des amis qui ne sont plus, peut éprouver d'indignation contre des tyrans qui se jouent de la justice et de la liberté. Madame Roland parut devant ses juges. Je ne parlerai ni de ces interrogatoires où l'on interdisait la réponse, ni de ces débats où l'on outrageait le malheur, ni de ce tribunal où l'on condamnait l'innocence : madame Roland savait bien qu'elle était jugée avant d'être entendue -, mais je ne puis passer sous silence les derniers mots qu'elle prononça après la lecture de son arrêt : le souvenir de ses amis semblait l'occuper seul dans ce moment terrible. « Vous me jugez digne , » dit-elle , de partager le sort des grands hommes que

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