‹ Mâemoires du marquis de FerriáeresChapitre 28 sur 165 · SUR MADAME ROLAND. XU · texte numérisé non relu

SUR MADAME ROLAND. XU

» vous avez assassinés -, je tâcherai de porter à l'échafaud » le courage qu'ils ont montré (i). »

Son courage fut, s'il est possible, plus admirable encore. J'ai entretenu plusieurs personnes qui la virent marcher au supplice-, son air calme , la sérénité de ses traits , l'expression de ses regards, le ton simple et naturel de sa conversation , car elle s'entretenait avec un compagnon d'infortune, tout, avait laissé la plus profonde impression dans leur esprit. Son courage était sans faste , et sa résignation sans faiblesse : elle eût avalé son poison sans trouble , dit un de ses amis , elle alla à l'échafaud de même : l'un ne coûta pas plus que l'autre à sa vertu stoïque. Son ame supérieure à tous les événemens , lui fît trouver des secours en elle-même, non-seulement pour anéantir l'horreur du supplice , mais pour lui faire goûter, s'il est possible , du plaisir dans ce dernier sacrifice à sa patrie.

Riouffe, auteur des Mémoires d'un détenu, se trouvait avec elle à la Conciergerie 5 il a laissé , sur ses derniers momens , des détails écrits avec sensibilité , et remplis d'intérêt.

« Le sang des vingt-deux fumait encore, dit-il , lorsque » madame Roland arriva à la Conciergerie. Bien éclairée w sur le sort qui l'attendait, sa tranquillité n'en était point )> altérée : sans être à la fleur de son âge, elle était encore » pleine d'agrémens 5 elle était grande et d'une taille élé- » gante : sa physionomie était très-spirituelle ; mais les

(1) Letters containing a sketch of tlie politics of France , etc., etc. Lettres contenant une esquisse du gouvernement de la France, depuis le 3i mai 1793 , jusqu'au 10 thermidor, 28 juillet 1796, avec un aperçu de ce qui se passait alors dans les prisons 5 par Hélène Maria Williams. Londres, 1795.

XLII KOTICL

)> malheurs et une longue détention avaient laissé sur son » visage des traces de mélancolie, qui tempéraient sa vi- » vacité naturelle : elle avait l'ame républicaine dans un m corps pétri de grâces et façonné par une certaine poli- » tesse de cour ; quelque chose de plus que ce qui se » trouve ordinairement dans les yeux des femmes , se w peignait dans ses grands yeux noirs , pleins d'expression » et de douceur ; elle me parlait souvent à la grille , avec » la liberté et le courage d'un grand homme. Ce langage » républicain , sortant de la bouche d'une jolie femme » française , dont on préparait l'échafaud , était un mi- » racle de la révolution , auquel on n'était pas encore ac- » coutume. Nous étions tous attentifs autour d'elle , dans w une espèce d'admiration et de stupeur : sa conversation » était sérieuse sans être froide; elle s'exprimait avec » une pureté, un nombre et une prosodie qui faisaient » de son langage une espèce de musique dont l'oreille » n'était jamais rassasiée; elle ne parlait jamais des dépu- » tés qui venaient de périr , qu'avec respect , mais sans » pitié efféminée, et leur reprochant même de n'avoir pas » pris des mesures assez fortes ; elle les désignait le plus m ordinairement sous le nom de nos amis ; elle faisait » souvent appeler Clavières , pour s'entretenir avec lui. » Quelquefois aussi son sexe reprenait le dessus , et on y, voyait qu'elle avait pleuré au souvenir de sa fille et de )> son époux. Ce mélange d'amollissement naturel et de )> force la rendait plus intéressante. La femme qui la » servait , me dit un jour : Devant vous elle rassemble » toutes ses forces ; mais dans la chambre elle reste » quelquefois , trois heures , appuyée sur la fenêtre , à » pleurer.

» Le jour où elle monta h l'interrogatoire , nous la

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