‹ Mâemoires du marquis de FerriáeresChapitre 29 sur 165 · SUR MADAME R0LA1SD, XLIII · texte numérisé non relu

SUR MADAME R0LA1SD, XLIII

» vîmes passer avec son assurance ordinaire, et quand )> elle revint, ses yeux étaient humides : on l'avait traitée » avec une telle dureté, jusqu'à lui faire des questions » outrageantes pour son honneur , quelle n'avait pu » retenir ses larmes , tout en exprimant son indignation. )> Un pédant mercenaire outrageait cette femme , célè- » bre par son esprit , et qui , à la barre de la Conven- » lion nationale, avait forcé, par les grâces de son élo- » quence , ses ennemis à se taire et à l'admirer. Elle )) resta huit jours à la Conciergerie , où sa douceur l'avait )) déjà rendue chère à tout ce qu'il y avait de prisonniers, » qui la pleurèrent sincèrement.

» Le jour où elle fut condamnée, elle s'était habillée )) en blanc et avec soin : ses longs cheveux noirs tom- » baient épars jusqu'à sa ceinture : elle eût attendri » les cœurs les plus féroces ; mais ces monstres en » avaient-ils un ? d'ailleurs elle n'y prétendait pas : elle » avait choisi cet habit comme symbole de la pureté de » son ame. Après sa condamnation , elle repassa dans le )> guichet avec une vitesse qui tenait de la joie : elle in- )> diqua , par un signe démonstratif, qu'elle était con- » damnée à mort. Associée à un homme que le même » sort attendait, mais dont le courage n'égalait pas le » sien , clie parvint à lui en donner , avec une gaieté si » douce et si vraie , qu'elle fit naître le rire sur ses lè- » vres , à plusieurs reprises (i).

(i) Elle mourut le 10 novembre 1793. « IVladaine Roland, dit un » des historiens de cette époque (*) , avait pour compagnon de » son supplice un homme recommandable , qui montrait quelque » affaissement. Elle s'occupait à ranimer son courage , et même à

(*) Précis historique de la Révolution française, par M. Lacretellc.

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