‹ Mâemoires du marquis de FerriáeresChapitre 31 sur 165 · SUR MADAME ROLAND. XLV · texte numérisé non relu

SUR MADAME ROLAND. XLV

sible, sa mort utile à son pays. Ces temps de malheurs et de proscriptions avaient porté , au plus haut degré , l'énergie des âmes vigoureuses. Deux femmes et un vieillard, abîmés dans la douleur d'une perte récente, parlaient de la vie et de la mort comme auraient pu le faire Sénèque ou Thraséas. Roland voulait paraître au milieu de la Convention, la forcer à l'entendre , et demander ensuite à monter sur l'échafaud couvert du sang de sa femme. Mais soit qu'ils eussent tous deux prévu leur sort et concerté d'avance leurs dernières résolutions , soit qu'un même sentiment leur inspirât la même pensée, il revint au projet de se donner la mort pour assurer au moins son héritage à sa fille ; il écrivit un quart-d'heure, prit une canne à épée , embrassa ses amies une dernière fois , et quitta leur asile le i5 novembre 1793, à six heures du soir.

« Il suivit la route de Paris. Arrivé au bourg Baudouin , à quatre lieues à peu près de Rouen , il entre dans le chemin de l'avenue qui conduit à une maison particulière, s'assied sur un des bords de cette avenue, et là , enfonce dans sa poitrine le fer qu'il avait pris chez ses amies. La mort fut prompte , sans doute, mais il la reçut si paisiblement, qu'il ne changea pas d'attitude , et que le lendemain quelques passans crurent , en le voyant assis et appuyé contre un arbre , qu'il était endormi. »

Un billet qu'on trouva sur lui était ainsi conçu :

u Qui que tu sois qui me trouves gisant, respecte me* » restes. Ce sont ceux d'un homme qui consacra toute » sa vie à être utile, et qui est mort comme il a vécu , » vertueux et honnête.

» Puissent mes concitoyens prendre des sentimens plus )) doux et plus humains !

Page 1