‹ Mâemoires du marquis de FerriáeresChapitre 40 sur 165 · PREMIÈRE PARTIE. î · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. î

le pins simple. Il arrivait que dans les distributions de prix qui se faisaient avec éclat au bout de l'an, je me trouvais emporter le premier, sans qu'il y eût eu aucune espèce de faveur ; et toute la marguillerîe et tout le clergé de la paroisse d'estimer fort heureux mon jeune oncle, qui en était plus remarqué , et qui n'avait besoin que de l'être pour inspirer de la bienveillance. Une belle figure, une grande bonté , le caractère le plus facile , les mœurs les plus douces , et la plus grande gaieté , l'ont accompagné jusqu'à ces derniers temps, où il est mort chanoine de Vincennes , lorsque la révolution allait frapper tous les chapitres. J'ai cru perdre en lui le dernier de mes parens du côté de ma mère , et je ne me rappelle qu'avec attendrissement tout ce qui lui fut personnel. Le goût et la facilité que j'avais pour apprendre, lui inspirèrent l'idée de m enseigner le latin : j'en étais ravie; citait une fête pour moi que de trouver un nouvel objet d'étude. J'avais au logis maîtres d'écriture, de géographie, de danse et de musique ; mon père m'avait fait commencer le dessin, mais il n'y avait rien de trop : levée dès cinq heures, lorsque tout dormait encore dans la maison , je me glissais doucement avec une petite jaquette, sans songer à me chausser, jusqu'à la table , placée dans un coin de la chambre de ma mère, sur laquelle était mon travail; et je copiais, je répétais mes exemples avec tant d'ardeur, que mes succès devenaient rapides. Mes maîtres en devenaient plus affectionnés ; Ils me donnaient de

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longues leçons; ils y mettaient un intérêt qui m'attachait toujours davantage : je n'en ai pas eu un seul qui ne parût être aussi flatte de m'apprendre que jetais reconnaissante d'être enseignée; pas un qui, m'ayant suivie quelques années, n'ait dit le premier qu'il ne m'était plus nécessaire, qu'il ne devait plus être payé, mais qu'il demandait à être reçu, et à pouvoir venir visiter mes parens et m'entre tenir quelquefois. J'honorerai la mémoire du bon M. Marchand, qui, dès cinq ans, m'apprit à écrire , puis m'enseigna la géographie , et avec lequel j'étudiais l'histoire : homme sage, patient , clair et méthodique, que j'appelais M, Doucet; je le vis marier à une honnête femme attachée à la maison de Nesle ; j'allai le visiter dans sa dernière maladie , où une saignée hors de saison fixa sur sa poitrine la goutte, dont il avait un accès, et lui donna la mort à cinquante ans. J'en avais alors dix-huit. Je n'ai point oublié le musicien Cajon,, petit homme vif et causeur, né à Mâcon, où il avait été enfant de chœur, et successivement soldat, déserteur, capucin, commis, et déplacé. Arrivant à Paris avec femme, enfans, sans le sou, mais ayant une voix de second - dessus extrêmement agréable , fort rare dans les hommes à qui l'on n'a pas fait subir certaine opération , et très - propre pour enseigner le chant à de jeunes personnes. Présenté à mon père, je ne sais par qui, il eut en moi sa première écolière, me donna beaucoup de soins ; empruntait souvent à mes parens de lar-

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